Le foncier, boussole de la paix africaine

Ce n’était pas une conférence technique de plus, mais une véritable plongée dans l’âme des territoires. Ce mardi 30 juin 2026, l’Institut Français du Gabon a vibré au rythme d’une question existentielle pour l’avenir du continent : la terre, ses conflits, ses promesses et ses fragilités. Devant un parterre de décideurs, de diplomates et d’experts, le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a posé une vérité brute : le foncier n’est plus une simple affaire de notaires ou de cadastres, c’est un baromètre de la paix sociale. « La terre est le berceau de nos identités, mais aussi le théâtre de nos tensions les plus vives », a-t-il martelé, en introduction des travaux. Pour les autorités gabonaises, sécuriser le foncier revient à désamorcer des bombes à retardement qui menacent la cohésion nationale et entravent le développement économique dans un contexte d’urbanisation galopante.

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Ladislas Nze Bekale, Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine, a enrichi ce constat par une analyse sans concession des « conflictualités multiformes » qui secouent le continent. Il a souligné que le foncier se trouve aujourd’hui à la croisée des crises sécuritaires, environnementales et migratoires. Selon lui, l’Afrique paie le prix d’une gouvernance héritée de l’histoire, souvent opaque et inéquitable. Dans son exposé, il a détaillé une typologie précise des heurts : conflits de droits entre tradition et modernité, litiges sur les limites administratives, ou encore tensions nées des investissements économiques. L’enjeu est désormais de transformer ces zones de friction en espaces de prospérité, à condition d’oser la transparence et l’inclusion des communautés locales.

 

Les exemples concrets cités lors des échanges ont illustré l’urgence de la situation. Du Cameroun à la République Démocratique du Congo, les frictions entre le droit écrit et les pratiques coutumières génèrent des impasses juridiques. On observe des villages entiers se déchirer lorsque les activités économiques débordent les frontières invisibles de la coutume, souvent à cause de l’éloignement de l’autorité centrale. Plus grave encore, les facteurs environnementaux comme l’avancée du désert poussent les populations à migrer, provoquant des heurts avec les « premiers occupants » des terres d’accueil . Ces mouvements de population, couplés à la question des droits naturels, exigent que les États africains cessent de voir le foncier comme une ressource inépuisable pour le considérer comme un équilibre fragile à préserver.

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Face à ce diagnostic, les instruments de l’Union africaine proposent une feuille de route ambitieuse, bien que non contraignante. La « Directive 3 » interpelle notamment les États membres sur la nécessité de créer un environnement propice aux transferts de droits, tout en exigeant que chaque transaction soit rigoureusement documentée. L’UA insiste sur le fait que toute dépossession doit s’accompagner de mesures de compensation et de relogement, des dispositifs qui font encore cruellement défaut dans de nombreux pays. Ladislas Nze Bekale a rappelé que si l’alignement théorique entre les directives continentales et les politiques nationales progresse, « la réalité sur le terrain reste différente », faute d’une volonté politique de transformer ces orientations en lois contraignantes.

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Le salut semble résider dans une décentralisation radicale de la gestion territoriale. La « Directive 4.1 » de l’Union africaine préconise le transfert des compétences foncières aux collectivités locales pour rapprocher l’administration des citoyens. Cette approche inclusive vise à créer des institutions de proximité capables de gérer les litiges avant qu’ils n’atteignent un point de rupture. Cette organisation doit impérativement intégrer les populations dans les processus décisionnels, car l’absence de concertation nourrit la méfiance. Pour le Gabon, cette décentralisation n’est pas seulement une réforme administrative, c’est un impératif de justice sociale pour que chaque citoyen puisse voir ses droits reconnus et protégés par une autorité qu’il connaît et qu’il comprend.

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L’égalité d’accès à la terre a également occupé une place centrale dans les débats, portée par le souvenir du « Cri du Kilimandjaro ». En 2016, les femmes africaines avaient exigé, par un mémorandum historique, l’adoption d’une charte de la gouvernance foncière garantissant leurs droits de propriété. Aujourd’hui, l’Association parlementaire francophone plaide pour un « droit simplifié » afin de démocratiser l’accès au foncier. Le défi reste immense : dans de nombreuses régions, les pesanteurs sociales et juridiques excluent encore les femmes et les jeunes de la propriété, freinant ainsi la productivité agricole et l’autonomisation économique. Sans une véritable égalité devant la terre, la promesse d’une Afrique émergente restera une illusion lointaine.

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La dimension internationale de ce symposium, marquée par la présence de l’Ambassadeur de France, Fabrice Mauriès, souligne que le Gabon ne compte pas avancer seul. Toutefois, le Vice-Président Hermann Immongault a tenu à réaffirmer la souveraineté de la démarche gabonaise : « Nous ne cherchons pas des solutions clés en main, mais des partenariats d’égal à égal, respectueux de nos spécificités ». La modernisation des outils de gestion territoriale, indispensable pour répondre à la pression foncière, doit se faire en lien avec la Vision de l’Union africaine pour une Afrique pacifique. Le Gabon se positionne ainsi comme un laboratoire de réformes, cherchant à concilier les exigences de la modernité économique avec le respect des identités locales et des droits fondamentaux.

 

Hermann Immongault a réitéré son engagement à transformer ces réflexions en politiques concrètes. « La confiance se construit dans l’action », a-t-il affirmé, rappelant qu’un titre foncier est bien plus qu’un morceau de papier : c’est un droit et une dignité pour celui qui le possède. La conférence de Libreville aura permis de comprendre que gérer le foncier, c’est finalement gérer l’avenir. Alors que le continent fait face à des mutations profondes, le Gabon prouve qu’il entend être un acteur lucide et déterminé de son propre destin territorial. Car si la terre est le théâtre de nos conflits, elle reste, pour ceux qui savent l’organiser avec justice, le socle inébranlable sur lequel se bâtira la paix de demain.



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