UOB : l’université publique gabonaise risque-t-elle de devenir élitiste ?

Le débat sur le financement de l’enseignement supérieur public gabonais prend une nouvelle tournure. Alors que le Syndicat national des enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo (SNEC-UOB) évoque la nécessité de nouvelles ressources pour redresser l’établissement, une question centrale s’impose : jusqu’où peut-on demander un effort financier supplémentaire à des étudiants dont une grande partie est issue de familles aux revenus modestes ?

La proposition d’une contribution comprise entre 50 000 et 100 000 FCFA suscite naturellement des interrogations. Si le financement de l’Université Omar Bongo constitue une urgence, le risque est aussi de créer une barrière financière pour des étudiants qui peinent déjà à supporter les coûts liés au transport, au logement, à l’alimentation, aux fournitures et aux autres dépenses universitaires.

 

L’UOB fait face depuis plusieurs années à des défis liés à l’insuffisance des infrastructures, à la croissance des effectifs et aux besoins croissants en équipements et en conditions d’apprentissage. La question du financement apparaît donc difficilement évitable.

Mais faire peser une partie importante de cet effort sur les étudiants soulève une interrogation de justice sociale. Une université publique doit-elle être financée davantage par ses usagers ou rester principalement soutenue par la solidarité nationale ?

Le SNEC-UOB met en avant la nécessité d’une réforme structurelle et insiste sur la transparence ainsi que sur l’affectation des ressources. Cette approche permet de poser un préalable essentiel : si une nouvelle contribution devait être instaurée, les étudiants et leurs familles devraient pouvoir savoir précisément à quoi servirait chaque franc supplémentaire versé.

Le risque d’une sélection par l’argent

Le véritable enjeu se trouve peut-être là. Une contribution de 50 000 FCFA peut sembler accessible pour certains ménages, mais représenter une charge considérable pour d’autres.

À terme, une augmentation significative des frais universitaires pourrait accentuer les inégalités entre étudiants. Ceux issus de familles aisées pourraient continuer leur parcours sans difficulté, tandis que les étudiants provenant de milieux défavorisés seraient davantage exposés à l’abandon, au retard académique ou à l’endettement familial.

Le financement de l’UOB ne doit donc pas se transformer en sélection sociale.

L’excellence universitaire et l’amélioration des conditions d’études ne peuvent avoir pour conséquence de réduire l’accès à l’enseignement supérieur aux seuls étudiants dont les familles disposent de moyens financiers suffisants.

Quelle contrepartie pour les étudiants ?

Avant toute hausse des contributions, plusieurs garanties pourraient être exigées : publication régulière de l’utilisation des recettes, mécanismes de contrôle indépendants, amélioration visible des infrastructures, renforcement des équipements pédagogiques et mise en place de dispositifs d’exonération ou d’accompagnement pour les étudiants les plus vulnérables.

Le gouvernement pourrait également explorer d’autres sources de financement : augmentation des dotations publiques, partenariats avec les entreprises, mobilisation de financements extérieurs ou encore développement de ressources propres de l’université.

L’objectif serait de ne pas faire reposer le redressement de l’UOB sur les seuls étudiants.

Le gouvernement face à un choix de société

Derrière le débat sur les 50 000 à 100 000 FCFA, c’est finalement la conception même de l’université publique qui est interrogée.

Le Gabon veut-il une université mieux financée, mieux équipée et capable d’offrir des conditions d’études dignes de ce nom ? La réponse semble évidente. Mais cette ambition doit-elle être financée au prix d’un accès plus difficile pour les étudiants issus des familles les moins favorisées ?

La question mérite d’être posée avant toute décision.

Réformer le financement de l’UOB est probablement nécessaire. Mais rendre l’université plus performante ne devrait pas signifier la rendre plus inaccessible. Le véritable défi pour les pouvoirs publics sera donc de trouver un modèle qui permette à l’établissement de disposer de ressources suffisantes tout en préservant le principe fondamental d’un enseignement supérieur public accessible au plus grand nombre.




Assistant Edu Gabon

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