Libération spirituelle : quand l’Église prophétise un Gabon debout

Ils étaient des milliers, ce 30 août 2026, à avoir fait le déplacement à l’esplanade de l’église Nazareth à Libreville, pour une célébration hors du commun. Sous l’impulsion du mouvement « Collectif du 12/12 », la Fête de la Libération a pris cette année des allures de grand rassemblement œcuménique. Devant une foule dense où se mêlaient évêques, pasteurs, fidèles de toutes les confessions chrétiennes et représentants des autorités publiques, le Révérend Pasteur Prophète Georges Bruno Ngoussi, ancien 4ᵉ vice-président du Sénat de la transition, a livré un discours à la fois spirituel et politique, retraçant le cheminement prophétique qui aurait conduit, selon lui, à la bascule du 30 août 2023.

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L’ambiance était à la fois recueillie et exaltée lorsque le pasteur a invité l’assistance à se lever pour « pousser des cris de joie, accompagnés d’acclamations, en l’honneur de Jésus-Christ ». Mais derrière l’effusion de foi, c’est un véritable récit national qui s’est déroulé sous le chapiteau.

Ngoussi a rappelé que, bien avant le changement politique orchestré par les forces de défense sous le commandement de l’actuel président Brice Clotaire Oligui Nguema, une parole avait été semée. « Le 5 février 2023, au cours d’une prédication, j’ai déclaré publiquement une parole qui est restée profondément gravée dans mon esprit : “Jésus-Christ doit marcher sur le Gabon sans effusion de sang” », a-t-il confié, suscitant un murmure d’approbation dans l’assemblé. Pour lui, cette prophétie s’est réalisée lorsque le pays a connu un changement institutionnel majeur « sans guerre civile ni embrasement national », un scénario rare sur le continent.

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Le pasteur a également replacé cet événement dans une continuité spirituelle plus large, évoquant des visions antérieures, comme celle du 30 août 2015 où une « date du 12 décembre 2015 » avait été révélée comme le moment où le Gabon devait « redresser la tête ». Ce fil rouge prophétique, tissé au fil des ans, a conduit à la conviction que la Libération ne saurait se réduire à un simple fait politique. « Si Dieu nous permet de discerner quelque chose à l’avance, ce n’est pas pour que nous nous glorifiions après l’événement. C’est pour que nous prions. C’est pour que nous servions. C’est pour que nous soyons davantage responsables », a-t-il martelé, appelant à une transformation intérieure.

 

Car le message central du jour était clair : le Gabon nouveau ne se fera pas sans un renouveau des mentalités. « Nous ne pouvons pas réclamer un nouveau Gabon avec les anciennes mentalités. Nous ne pouvons pas vouloir une nouvelle République avec les anciennes pratiques », a lancé le prédicateur, sous les regards aprobateurs des autorités religieuses présentes. Il a insisté sur la responsabilité individuelle, affirmant que « la Libération n’est donc pas seulement un événement politique. Elle est aussi un appel à la responsabilité individuelle ». Cette exigence de changement vaut aussi pour l’Église elle-même, qu’il a interpellée sans détour : « Le Gabon nouveau a besoin d’une Église nouvelle dans son engagement. Une Église qui prie, mais qui travaille. Une Église qui évangélise, mais qui forme ».

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Le propos du leader de l’ église Nazareth s’est ensuite teinté d’un pragmatisme social, adressant des conseils aux autorités de la Ve République. Le pasteur a plaidé pour une gouvernance juste et transparente, où « le mérite soit récompensé, que la compétence soit reconnue, que le travail soit valorisé ». Il a également exhorté à « investir massivement dans l’homme gabonais », en construisant des écoles, en formant la jeunesse et en luttant contre la corruption, qu’il a dépeinte comme un fléau qui « vole l’école d’un enfant, vole la route d’un village, vole les médicaments d’un malade ».

 

Le Révérend Ngoussi a tenu à expliquer la présence de l’Église dans ce rendez-vous patriotique, rappelant que « la laïcité ne signifie pas l’indifférence de l’Église à l’égard de la nation ». Il a cité la Constitution qui, tout en affirmant la laïcité de l’État, garantit les libertés des citoyens croyants. « Lorsque le Gabon souffre, ses enfants souffrent. Lorsque le Gabon avance, ses enfants avancent », a-t-il conclu, avant de scander une prière pour que « Jésus-Christ marche encore sur le Gabon, sur nos familles, sur notre jeunesse, sur nos institutions ».

 

Alors que la cérémonie s’achevait sur des chants et des acclamations, une certitude flottait dans l’air de Libreville : pour ces milliers de fidèles, la Libération du 30 août 2023 n’est pas qu’une date dans le calendrier républicain. Elle est devenue, comme l’a proclamé le pasteur, « une culture de responsabilité, de justice, de travail et de dignité ». Reste à savoir si cet appel à la métanoïa individuelle et collective saura transformer durablement le destin du pays.




Assistant Edu Gabon

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