Le duel à distance entre le Gabon et l’Association du transport aérien international (IATA) entre dans une nouvelle phase, aussi tendue qu’instructive. Alors que l’organisation basée à Montréal avait exigé, début août, la suspension de la redevance API/PNR de 30 dollars par passager, la réponse de Libreville est tombée comme un couperet. Dans une lettre datée du 27 août, l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) a rappelé à son interlocuteur que la mesure, adossée à un arrêté interministériel régulièrement publié au Journal officiel, relevait de la « souveraineté complète et exclusive » de l’État gabonais sur son espace aérien. Et pour que nul n’en ignore, l’échéance du 1er septembre 2026 est maintenue.

Le ton est résolument ferme. L’ANAC ne s’embarrasse pas de périphrases pour signifier à Ranga Dandajena, le responsable régional de l’IATA pour l’Afrique, que le débat n’est plus celui de l’opportunité. L’arrêté n°00000109/MTMML/MFDPVL du 10 juin a valeur légale, et les compagnies aériennes opérant au Gabon sont tenues de s’y conformer. L’autorité gabonaise balaie d’un revers de main l’argument d’une concertation insuffisante, en rappelant que les transporteurs ont été associés aux discussions lors d’une réunion extraordinaire du Comité local de facilitation (COLFA) le 13 août. La saisine de l’IATA elle-même aurait été actée à cette occasion. Libreville ne se contente plus de justifier la taxe : il en impose l’application.
Mais au-delà du chiffre et du calendrier, c’est une question de principe qui est posée. L’ANAC invoque la Convention de Chicago pour rappeler que l’IATA, si précieuse soit-elle pour l’harmonisation technique et tarifaire via ses outils comme le Ticket Tax Box Service, ne saurait se muer en « organe d’évaluation, d’homologation ou d’arbitrage » des décisions régaliennes d’un État. L’organisation professionnelle peut accompagner, conseiller, faciliter, mais elle ne peut pas substituer sa volonté à celle d’une nation souveraine. Le message est clair : le Gabon accepte le dialogue technique, mais refuse toute ingérence dans ce qu’il considère comme une prérogative sécuritaire fondamentale.

Cette fermeté n’est cependant pas un refus de coopération. L’ANAC assure demeurer « convaincue » que l’IATA saura faire preuve de la « diligence requise » pour accompagner la mise en œuvre intégrale de la mesure, dans un esprit de respect mutuel. Libreville ne demande pas à l’organisation de renoncer à son rôle, mais de l’exercer dans les limites que lui assigne le droit national. Une nuance de taille, qui laisse entrevoir une porte de sortie sans humiliation pour les deux parties, à condition que l’IATA accepte de jouer le jeu de la souveraineté assumée.
La date du 1er septembre apparaît désormais comme une ligne rouge. L’ANAC a fixé cette échéance comme le point de départ de l’application effective de la redevance, et elle attend des compagnies qu’elles procèdent « sans délai » aux paramétrages techniques nécessaires, notamment l’intégration du code IATA dédié. Les transporteurs sont ainsi sommés de collecter la taxe lors de l’émission des billets, sous peine de se mettre en porte-à-faux avec la réglementation gabonaise. L’IATA, de son côté, est invitée à faciliter cette exécution plutôt qu’à la différer.

En réalité, ce bras de fer dépasse de loin les 30 dollars par passager. Il révèle une tension plus profonde entre la logique technique et économique des organisations internationales et la revendication de souveraineté des États africains dans la gestion de leur sécurité et de leurs frontières. Le Gabon, qui a déjà essuyé les critiques de l’IATA sur la redevance R4 quelques mois plus tôt, choisit ici de poser un acte politique fort. En rappelant que la sécurisation des frontières est une responsabilité régalienne, Libreville affirme sa volonté de ne pas voir ses prérogatives mises en parenthèses par des considérations techniques ou commerciales.
Reste à savoir comment l’IATA accueillera cette fin de non-recevoir. L’organisation a jusqu’à présent joué la carte de la médiation et du rappel des standards internationaux. Mais face à une réponse aussi carrée, elle devra choisir entre l’escalade, la négociation discrète sur les modalités techniques, ou l’acceptation silencieuse d’un rapport de force qui ne lui est pas favorable. Le Gabon, lui, a déjà pris son parti : l’API/PNR sera perçu à partir du 1er septembre, et les compagnies qui traîneraient les pieds s’exposeraient à des rappels à l’ordre. Une manière de dire que, dans le ciel gabonais, la souveraineté ne se négocie pas.
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