La polémique sur la redevance API/PNR n’est plus une simple querelle technique. Elle est devenue un test grandeur nature de l’autorité de l’État face à une compagnie nationale qui, à travers ses actes, interroge moins le montant des 30 dollars que la légitimité même de la décision gouvernementale.

Le moment fatidique, au cours duquel la redevance aéroportuaire de 30 dollars par passager, instituée par arrêté interministériel du 10 juin et publiée au Journal officiel le 19 juin, doit entrer en application, est imminent. L’ANAC l’a confirmé : le dispositif est obligatoire. Pourtant, un acteur clé du secteur semble jouer la montre. FLY GABON, détenue à 56 % par l’État gabonais à travers la holding publique FLAGH, a annoncé ne pas collecter la redevance R4 auprès de ses passagers, dans l’attente de clarifications. Une position présentée comme de la « prudence », mais qui, dans les faits, revient à suspendre l’exécution d’une décision réglementaire.
La question dépasse désormais le cadre économique. Une entreprise publique peut-elle s’affranchir d’une décision prise par les autorités dont elle relève ? Peut-elle, par un simple communiqué, opposer un veto de fait à un arrêté interministériel ?
L’ANAC rappelle que les compagnies aériennes ont été associées aux échanges sur les modalités opérationnelles du dispositif, notamment lors de la réunion extraordinaire du COLFA du 25 juin. Si FLY GABON avait des objections majeures au dispositif, à son coût ou à son calendrier, pourquoi ces réserves n’ont-elles pas été clairement exposées au cours de ces rencontres ? Le débat public ne peut pas remplacer le dialogue institutionnel.

La lettre de l’ANAC à l’IATA remet les responsabilités à leur place. L’IATA a certes haussé le ton, qualifiant la redevance de « parmi les plus élevées au monde » et demandant sa suspension. Mais l’organisation internationale représente les intérêts de l’industrie aérienne ; elle ne constitue pas l’autorité souveraine du Gabon. Elle peut formuler des réserves, demander des délais, défendre les intérêts des compagnies. Elle ne peut toutefois se substituer aux institutions nationales dans la définition de la politique de sûreté, de contrôle des frontières et de réglementation applicable sur le territoire gabonais.
C’est précisément sur ce terrain que la polémique devient préoccupante. Des publications diffusées sur les réseaux sociaux mettent en cause la redevance et donnent parfois l’impression que le dossier serait le résultat d’une décision isolée ou contestable de l’administration. Certaines vont plus loin et évoquent des pratiques de corruption ou des manipulations destinées à influencer l’opinion et l’IATA. Ces accusations, particulièrement graves, doivent être étayées par des éléments vérifiables avant de pouvoir être présentées comme des faits.
Le véritable enjeu est désormais là. Si une entreprise publique ou à participation publique estime qu’une décision gouvernementale doit être modifiée, elle peut le faire savoir. Mais elle doit également respecter les mécanismes institutionnels prévus à cet effet. Dans le cas contraire, c’est l’autorité même de l’État qui se trouve interrogée.
FLY GABON entend-elle appliquer la décision gouvernementale du 1er septembre ? Dispose-t-elle de réserves précises ? A-t-elle officiellement saisi sa tutelle ? Ou existe-t-il une opposition de fond au dispositif ? Ces questions méritent des réponses publiques. Et si des comportements contraires aux intérêts de l’État ou aux obligations réglementaires étaient établis, il appartiendrait aux autorités compétentes d’en tirer toutes les conséquences.
Au Gabon, une règle simple doit prévaloir : le débat est légitime, la contestation est possible, mais nul acteur ne peut prétendre être au-dessus de la loi. Le 1er septembre marque ainsi moins la fin de la polémique que le début d’une nouvelle séquence. Les actes qui seront posés dans les prochains jours permettront de déterminer si le différend relève d’un simple débat technique ou s’il révèle une véritable crise d’autorité entre une compagnie nationale et son État de tutelle.
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