Gabon : la fin des subdivisions des Travaux publics a-t-elle accéléré l’exode rural ?

Quand l’entretien des routes disparaît, les villages se vident au profit des grandes villes. Pendant longtemps, les villages gabonais n’étaient pas seulement des lieux d’habitation. Ils constituaient de véritables bassins de production agricole, reliés aux centres urbains par un réseau routier régulièrement entretenu. Dans les années 1980 et 1990, les populations rurales pouvaient encore vivre de leurs activités agricoles sans être contraintes de quitter leur village pour rechercher de meilleures conditions de vie.

 

La disparition progressive des subdivisions des Travaux publics dans plusieurs localités du pays pourrait avoir contribué à bouleverser cet équilibre territorial.

À cette époque, les subdivisions des Travaux publics jouaient un rôle essentiel dans la maintenance des routes. Leur présence sur le terrain permettait d’intervenir rapidement sur les axes routiers, notamment pour réparer les dégradations, dégager les passages et maintenir les voies praticables.

 

Cette proximité avec les populations avait des conséquences économiques importantes.

La route, un outil de développement rural

Pour de nombreux producteurs, la route représentait bien plus qu’une simple infrastructure de transport. Elle constituait le principal moyen d’écouler les productions agricoles vers les marchés.

 

Dans les villages, les familles cultivaient notamment la banane, le taro, le manioc, l’arachide et d’autres produits vivriers. Une partie de ces récoltes était destinée à la consommation familiale, tandis que le surplus était vendu dans les bourgs et les villes environnantes.

 

Tant que les routes demeuraient praticables, le producteur pouvait rester dans son village et tirer des revenus de son activité.

Il n’avait donc pas nécessairement besoin de partir pour chercher ailleurs ce qu’il pouvait obtenir sur place.

La route permettait ainsi de maintenir une forme d’équilibre entre les zones rurales et les centres urbains.

 

Quand la route se dégrade, c’est toute l’économie locale qui s’effondre

 

Avec la dégradation progressive de certains axes routiers et l’affaiblissement des structures locales chargées de leur entretien, le transport des produits agricoles est devenu plus difficile dans plusieurs régions.

 

Un producteur peut consacrer plusieurs mois à cultiver du manioc, de la banane ou du taro. Mais si, au moment de la récolte, il ne dispose pas d’une route praticable pour acheminer sa production vers le marché, son activité perd une grande partie de sa valeur économique.

Les transporteurs deviennent plus réticents à emprunter certains axes. Les coûts de transport augmentent. Les produits périssables peuvent être perdus. Les commerçants se déplacent moins. Les revenus des producteurs diminuent.

Progressivement, le village cesse d’être un espace économique suffisamment attractif pour retenir sa population.

 

De l’exode rural à la surpopulation des grandes villes

Face à cette situation, les jeunes sont les premiers à partir.

Libreville, Port-Gentil, Franceville, Oyem, Mouila, Lambaréné et d’autres centres urbains deviennent alors des pôles d’attraction. On y recherche un emploi, une formation, des soins de santé, une activité commerciale ou simplement de meilleures perspectives d’avenir.

Le phénomène crée un cercle vicieux.

 

Moins il y a de population dans les villages, moins il y a de producteurs. Moins il y a de production, moins les activités commerciales sont dynamiques. Et moins l’économie locale est dynamique, plus les jeunes sont tentés de partir.

 

Pendant ce temps, les grandes villes accueillent chaque année de nouveaux habitants, sans toujours disposer des infrastructures nécessaires pour absorber cette croissance.

Les conséquences sont visibles : pression sur le logement, développement de quartiers précaires, embouteillages, difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, chômage, insalubrité et pression accrue sur les services publics.

Réhabiliter les routes, mais aussi réhabiliter les territoires

La question de l’entretien routier ne devrait donc pas être considérée uniquement sous l’angle des infrastructures.

 

Entretenir une route, c’est aussi maintenir une activité économique. C’est permettre à un agriculteur de vendre sa production. C’est donner à un jeune une raison de rester dans son village. C’est maintenir une école, un marché, un centre de santé et une communauté en vie.

Le Gabon dispose d’un potentiel agricole important, mais celui-ci ne pourra être pleinement exploité sans un réseau routier permettant aux producteurs d’accéder régulièrement aux marchés.

 

La réflexion sur l’avenir des anciennes subdivisions des Travaux publics mérite ainsi d’être posée. Faut-il recréer des structures techniques de proximité capables d’assurer un entretien régulier des routes secondaires et rurales ? Faut-il renforcer les moyens des collectivités locales pour assurer cette mission ? Ou faut-il imaginer un nouveau modèle d’entretien routier adapté aux réalités de chaque province ?

 

Une chose paraît certaine : la lutte contre la surpopulation des grandes villes ne pourra pas reposer uniquement sur la construction de logements ou l’extension des réseaux urbains.

Elle doit également passer par la revitalisation des campagnes.

Car lorsque les routes fonctionnent, les villages produisent. Lorsque les villages produisent, les populations peuvent y vivre. Et lorsque les populations peuvent vivre décemment dans les zones rurales, elles ont moins de raisons de partir.

Le désenclavement des villages pourrait donc être l’une des clés pour lutter contre l’exode rural et rééquilibrer le développement du Gabon.





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