La question taraude les couloirs de l’Hôtel de Ville depuis plusieurs semaines. Ce lundi 14 septembre 2026, une frange des Délégués du personnel de la Mairie de Libreville a décidé de sortir du silence. Face à la presse, ces représentants des agents municipaux ont posé un principe simple, mais lourd de conséquences : on ne peut pas être à la fois juge et partie. En ligne de mire, la situation de Joe Fred Madouta, qui cumule les fonctions de Président de syndicat et de Délégué du personnel élu.

Le décor juridique est planté d’entrée. Les intervenants ont rappelé avec insistance les dispositions de la Loi n°0022/2021 du 19 novembre 2021 portant Code du travail, complétée par l’Ordonnance n°0007/PR du 26 février 2026 fixant le régime des organisations régies par ce code. Ces deux textes, martèlent-ils, ne laissent place à aucune interprétation : les fonctions de délégué syndical et celles de délégué du personnel élu sont incompatibles. Une séparation que le législateur a voulue stricte, présentée comme la condition sine qua non d’un dialogue social transparent, crédible et constructif entre les agents municipaux et l’administration.
Pour cette frange des délégués, le cas Madouta n’est pas une simple querelle de personnes. Il touche à l’équilibre même de la représentation du personnel. « À ce stade, il convient que les Délégués du personnel élus par les agents municipaux forment un collège indivisible, parce qu’il s’agit des interlocuteurs de l’administration », a déclaré Rémy Cédric Mayila, porte-parole du groupe, avant d’interpeller directement leur collègue : « Il lui appartient désormais de se conformer à la règle, et d’accepter l’incompatibilité entre le délégué syndical et le délégué du personnel. »

Le message est on ne peut plus clair. Joe Fred Madouta est sommé de trancher. Soit il renonce à son mandat de délégué du personnel, soit il démissionne de son poste de Président du syndicat. Un choix cornélien, mais que les textes rendent inévitable selon les intervenants, pour qui « le respect de ces deux principes sera de nature à rendre notre démarche auprès des autorités municipales crédible, cohérente et efficace ». En filigrane, l’avertissement est clair : les sanctions prévues par le Code du travail et l’Ordonnance de 2026 ne sont pas de simples gadgets juridiques. Elles visent à protéger la collégialité et l’efficacité du dialogue social, et tout élu qui s’en affranchit s’expose à perdre sa légitimité et ses prérogatives.

Derrière la rigueur du rappel légal, les Délégués du personnel ont toutefois tenu à désamorcer toute lecture conflictuelle de leur démarche. Ils ont insisté sur la nécessité de privilégier la collégialité, la concertation et la responsabilité collective dans l’exercice de leurs missions. Une approche qu’ils présentent comme indispensable, non seulement pour garantir le bien-être des agents municipaux, mais aussi pour renforcer le poids de leurs revendications face à l’administration.
Ce point de presse marque incontestablement une étape dans la clarification des rôles et des responsabilités au sein de la Mairie de Libreville. En rappelant le cadre légal et en exigeant une stricte conformité aux textes, cette frange des délégués entend consolider la légitimité de son action et instaurer un climat de confiance avec les autorités municipales. Reste à savoir si Joe Fred Madouta pliera sous la pression du droit ou campera sur ses positions. Une chose est sûre : le bras de fer est désormais public, et l’issue de ce duel pourrait bien redessiner les contours du dialogue social dans la capitale gabonaise.
