Cinq personnes ont été interpellées dans le Woleu-Ntem pour des faits présumés liés à l’abattage illégal, à la détention et à la commercialisation de dépouilles et trophées de panthères, une espèce intégralement protégée au Gabon. Trois peaux de panthère, plusieurs dents, une arme à feu et des munitions ont notamment été saisies lors de cette opération menée par les services des Eaux et Forêts et la Police judiciaire, avec l’appui de l’ONG Conservation Justice.
L’opération s’est déroulée dans le cadre de la lutte contre le trafic de la faune sauvage. Trois individus ont d’abord été interpellés alors qu’ils détenaient trois peaux de panthère et plusieurs dents du même félin, qu’ils s’apprêtaient, selon les éléments de l’enquête, à commercialiser illicitement.
Les interrogatoires menés à la suite de ces premières arrestations ont permis aux enquêteurs d’identifier deux autres personnes. Originaires des villages Essong 4 et Ebomane, ces dernières ont été interpellées pour des faits liés à l’abattage illégal d’espèces intégralement protégées ainsi qu’à l’exploitation de dépouilles et de trophées de panthères.
Au total, cinq suspects ont été conduits dans les locaux de la Police judiciaire d’Oyem et placés en garde à vue. La saisie porte notamment sur trois peaux de panthère, plusieurs dents, une arme à feu de type Simplex calibre 12 et des munitions.
Quatre condamnations à Oyem
Sur les cinq personnes interpellées, quatre ont été placées sous mandat de dépôt le 18 septembre 2026 par le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Oyem. Un cinquième individu a, pour sa part, été mis hors de cause.
Le 24 septembre, le Tribunal de première instance d’Oyem a condamné les quatre prévenus à deux mois d’emprisonnement, dont un mois assorti du sursis. Ils devront également s’acquitter chacun d’une amende de 100 000 francs CFA et verser 1 million de francs CFA de dommages et intérêts à l’administration forestière.
Ces condamnations interviennent alors que la législation gabonaise prévoit des sanctions pour la chasse, la capture, la détention, le transport et la commercialisation des espèces intégralement protégées. L’article 92 du Code forestier interdit notamment ces pratiques, tandis que l’article 275 prévoit des peines pouvant aller de trois à six mois d’emprisonnement et une amende comprise entre 100 000 et 10 millions de francs CFA, ou l’une de ces deux peines.
Un symbole national au-delà du football
Au Gabon, la panthère ne représente pas uniquement l’équipe nationale de football. Le léopard occupe également une place particulière dans l’imaginaire culturel et traditionnel de nombreuses communautés du pays.
Dans certaines traditions, notamment chez les Mitsogo et les Pové, le léopard est associé à des pratiques initiatiques et à la société secrète Nzergho. Sa peau est également présente dans certains rites et représentations liés au Bwiti.
Cette dimension culturelle n’enlève toutefois rien à l’obligation de respecter la législation sur la protection de la faune. Au contraire, elle rappelle l’importance symbolique d’une espèce dont la disparition constituerait également une perte culturelle.
Des récits ethnographiques rapportés par l’auteur gabonais André Raponda-Walker témoignent d’ailleurs du respect et de la crainte traditionnellement associés au léopard dans plusieurs communautés gabonaises.
Protéger la panthère pour préserver un patrimoine
Le Gabon demeure l’un des pays importants pour la conservation de la biodiversité forestière en Afrique centrale. Le parc national de l’Ivindo abrite notamment une population importante de léopards.
Mais la pression exercée par le braconnage, la perte des habitats et le commerce illégal des produits issus de la faune sauvage constituent des menaces pour cette espèce.
La récente opération menée dans le Woleu-Ntem illustre ainsi la nécessité de maintenir la surveillance et les opérations de lutte contre le trafic de faune. Pour les services compétents et les organisations engagées dans la conservation, l’enjeu est désormais de faire respecter durablement les dispositions légales protégeant les espèces intégralement protégées.
Symbole de puissance sur les terrains de football, la panthère est aussi un élément du patrimoine naturel et culturel gabonais. Sa protection relève donc à la fois de la conservation de la biodiversité, de l’application de la loi et de la préservation d’un symbole profondément ancré dans l’identité du pays.

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