HOMMAGE à SEPA Koutakoue, le passeur de générations que Bongolo ne doit pas oublier

file 0000000021748210a521baf1ed061cc5Il fut de ceux qui, dans la discrétion, ont rendu de précieux services à toute une communauté. À Bongolo, dans le département de la Louetsi-Wano, SEPA Koutakoue reste associé aux années où la traversée du fleuve Louetsi rythmait le quotidien des habitants. Aujourd’hui présenté comme le dernier survivant des trois hommes qui assuraient cette liaison, il incarne une page de l’histoire locale que les nouvelles générations gagneraient à connaître.

Il est des hommes dont le nom reste gravé dans les mémoires sans qu’ils aient jamais occupé de hautes fonctions. Leur mérite se mesure autrement : aux services rendus, aux difficultés surmontées et aux générations qu’ils ont accompagnées. SEPA Koutakoue est de ceux-là.

Pour de nombreux habitants de Bongolo et de Lébamba, son nom rappelle une époque bien particulière, celle où traverser le fleuve Louetsi n’était pas une simple formalité. Avant que les infrastructures modernes ne facilitent les déplacements, le bac et la grande pirogue constituaient des moyens de liaison essentiels entre Bongolo et le centre-ville de Lébamba.

Dans les années 1990, cette traversée faisait partie du quotidien de nombreuses familles. Élèves, commerçants, travailleurs et autres usagers devaient composer avec les réalités du transport fluvial pour rejoindre leurs destinations. Pour les élèves du Collège Paul Ndoba, notamment, franchir la Louetsi était presque un passage obligé dans leur parcours scolaire.

Derrière cette activité se trouvaient des hommes qui, jour après jour, assuraient le déplacement des populations. Parmi eux, trois noms sont restés dans les souvenirs : Aspro, Yangari et Koutakoue. Leur travail, souvent discret, contribuait pourtant au fonctionnement de la vie sociale et économique de toute une localité.

Selon les témoignages rapportés par Le Louvanois engagé, SEPA Koutakoue serait aujourd’hui le dernier survivant de ce trio. Installé au quartier Dakar, à Bongolo, il demeure ainsi l’un des derniers témoins directs de cette période.

Une mémoire vivante qu’il faut préserver

Au-delà de son parcours personnel, SEPA Koutakoue représente une mémoire collective. Combien d’anciens élèves ont-ils emprunté le bac pour rejoindre le Collège Paul Ndoba ? Combien de commerçants, de parents et de travailleurs ont-ils dépendu de cette traversée pour poursuivre leurs activités ?

Ces souvenirs méritent d’être recueillis et transmis. Car l’histoire d’une localité ne se résume pas aux grandes décisions administratives ou aux réalisations politiques. Elle se construit également à travers les gestes quotidiens de celles et ceux qui ont répondu, à leur manière, aux besoins de leurs semblables.

C’est précisément ce qui rend le parcours de cet ancien passeur digne d’intérêt. Son témoignage pourrait permettre de mieux comprendre les conditions de déplacement d’autrefois, les difficultés rencontrées par les populations et l’évolution de Bongolo au fil des années.

L’hommage doit se faire du vivant de ceux qui le méritent

L’histoire de SEPA Koutakoue soulève également une question essentielle : savons-nous suffisamment reconnaître ceux qui ont consacré une partie de leur vie au service de leur communauté ?

Trop souvent, les hommages interviennent après la disparition des personnes concernées. On se souvient alors de leurs sacrifices, on recherche leurs photographies et l’on mesure tardivement l’importance de leur contribution.

Pourtant, il est encore possible de faire autrement.

À Bongolo comme dans l’ensemble du département de la Louetsi-Wano, cette histoire pourrait inspirer une initiative de reconnaissance des anciens acteurs communautaires. Une rencontre avec SEPA Koutakoue, associant les anciens élèves du Collège Paul Ndoba, les autorités locales, les associations et les populations, serait déjà un premier geste fort.

La réalisation d’un documentaire sur l’histoire du bac de Bongolo permettrait également de conserver cette mémoire pour les générations futures.

Car il ne s’agit pas simplement de rendre hommage à un ancien conducteur de bac. Il s’agit de reconnaître la contribution d’un homme qui, avec ses compagnons, a participé à faciliter la vie de milliers de personnes.

Aujourd’hui, SEPA Koutakoue est toujours là. Il peut encore raconter cette époque, partager ses souvenirs et transmettre une expérience que les archives officielles ne conservent peut-être pas.

Ne remettons pas à demain la reconnaissance que nous pouvons témoigner aujourd’hui.

À cet homme de l’ombre, dont le travail a contribué à rapprocher les populations de Bongolo et de Lébamba, la communauté doit respect et considération.

Le bac a peut-être perdu sa place dans les habitudes de déplacement, mais ceux qui l’ont fait fonctionner ne doivent pas disparaître de notre mémoire.

Honneur à SEPA Koutakoue et à tous ces hommes et femmes qui, loin des projecteurs, ont contribué à écrire l’histoire de nos localités.





Assistant Edu Gabon

Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

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