Ils sont là, debout devant des bus immobiles, symboles d’un service public asphyxié. Ce 28 novembre, les agents de la SOGATRA, en grève depuis le 19, ne font pas que réclamer des arriérés. Ils plaident pour la survie d’une entreprise et le respect de vies entières sacrifiées. Dans l’assemblée, la colère le cède à une amertume résignée, celle d’être les oubliés d’un système.

Cyrille Ndoudi Ledoumou, président du SYNAATEC, dresse un inventaire accablant. « Il s’agit tout simplement d’entretenir la grève lancée le 19 novembre 2025 », commence-t-il, avant de dérouler une litanie de promesses non tenues. Au cœur des griefs, « les 22 mois impayés de la prime de gratuité ». Mais au-delà de l’argent, c’est le mépris qui blesse. « Depuis un certain temps, nous ne sommes plus payés à la date conventionnelle. Nous sommes payés parfois le 19, le 20… Ça pose beaucoup de préjudices dans nos ménages. » Le 5 du mois devient soudain une ligne jaune, un ultime rempart contre la déchéance.

Pire encore est le sort réservé aux partants. « Le paiement des sortes de tout compte des agents retraités et démissionnaires… Certains sont même morts, laissant derrière leurs sortes de tout compte. » La phrase, terrible, résonne comme une épitaphe. Comment, en effet, tourner la page quand le livre lui-même reste ouvert sur des dettes et des vies inachevées ?
Dans l’ombre de cette crise, un spectre hante les couloirs : la fusion avec Trans Urb. Saturnin Ibinga, Président du Syndicat National des Agents de la SOGATRA, en parle comme d’une « fuite en avant ». « On va l’autre côté, on nous doit la CNSS, on nous doit les médailles, on nous doit tout. Et quand on va l’autre côté là-bas, on ne connaît même pas qui va nous recevoir. » Le projet, né d’un simple arrêté, manque cruellement de légitimité et de vision. « Nous sommes un peu abandonnés à nous-mêmes. Nous ne savions pas dans quel sens il faut aller. »

Le drame de la SOGATRA est aussi celui d’un parc automobile à l’arrêt, paradoxe cruel pour une entreprise de transport. « Les bus que vous voyez là, ça roule, confie M. Ibinga. Mais c’est juste pour les petites pannes où on a besoin de cette gratuité-là. » Cette prime, non versée, est pourtant le seul lubrifiant d’une machine à bout de souffle. « C’est avec cette prime de gratuité là, que nous reparions souvent nos bus, parce que depuis 2020, l’État a dit transporter les gens cadeaux. »
Derrière les revendications salariales et administratives, c’est une quête de reconnaissance qui se joue. Des carrières bloquées « depuis 20 ans », des médailles qui n’arrivent jamais, des parchemins promis depuis 2010… Autant de cicatrices sur un corps social fracturé.

La grève de la SOGATRA n’est pas qu’un conflit du travail. C’est le baromètre d’une gestion à la dérive et le cri étouffé de ceux qui, jour après jour, maintiennent un service vital en état de mort cérébrale. Ils attendent, entre des bus silencieux et un avenir incertain, que l’État, « le père de tout le monde », daigne enfin honorer sa dette, non seulement financière, mais surtout humaine.
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