Face au raffinement croissant de la délinquance financière transnationale, l’appareil judiciaire gabonais affûte ses armes. Du 9 au 11 septembre 2026, l’École nationale de la magistrature (ENM) de Libreville a accueilli un séminaire de haut niveau dédié à la détection des circuits financiers criminels et au blanchiment des capitaux, mené en partenariat avec la prestigieuse École supérieure Sant’Anna de Pise. Durant trois jours, magistrats praticiens, à l’instar de Nguema Lynda, magistrat à la Cour des comptes de Ntoum et experts internationaux ont croisé leurs analyses pour renforcer les capacités d’enquête et de jugement face à des menaces hautement complexes.

Au centre de ce dispositif de coopération, l’ambassadeur d’Italie au Gabon, Stefano Moscatelli, a rappelé avec insistance la dimension globale du péril financier. Prenant la parole lors de la clôture des travaux, le diplomate italien a souligné la nécessité d’une riposte multilatérale sans faille face aux réseaux clandestins. « La criminalité organisée internationale est un problème qui implique tout le monde. Elle ne s’arrête pas à la frontière de chaque pays, mais elle traverse la frontière et nous affecte tous », a déclaré avec gravité Stefano Moscatelli, exhortant les acteurs de la justice à faire de la mutualisation des compétences un véritable « avantage commun » contre le terrorisme et le blanchiment de capitaux.

S’attardant sur la pérennité de ce partenariat inter institutionnel qui se concrétise par deux à trois sessions annuelles, l’ambassadeur Stefano Moscatelli a insisté sur l’appropriation opérationnelle des outils juridiques par les juges. Pour le représentant de Rome, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’assimilation théorique des concepts, mais dans leur déclinaison concrète lors des délibérés. « Il faut connaître les normes internationales […] et il faut réagir, il faut mettre en place ces normes, concrétiser ces normes dans votre sentence et votre activité professionnelle », a-t-il martelé à l’endroit de l’auditoire, réaffirmant la volonté de l’Italie de bâtir une alliance académique et judiciaire durable avec le Gabon.
Cette forte implication italienne a suscité une vive reconnaissance de la part des autorités gabonaises. S’exprimant au nom du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, en mission pour le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, Nyamat Bantsivat Aristide, directeur de cabinet du ministre de la Justice, a tenu à saluer le rôle déterminant du diplomate italien dans le rapprochement des deux nations. « Excellence, merci infiniment de servir de courroie de transmission pour faciliter les échanges entre de grandes institutions », a affirmé Nyamat Bantsivat Aristide, louant un partenariat stratégique d’une qualité exemplaire.

Conscient des exigences du terrain et du risque d’érosion des acquis techniques à terme, le directeur de cabinet Nyamat Bantsivat Aristide a également adressé un message direct aux formateurs et universitaires européens et régionaux. « Je vous prie de laisser vos portes ouvertes pour que nos magistrats reviennent sur ces notions qu’ils auront certainement oubliées avec le temps », a-t-il sollicité, plaidant pour un compagnonnage au long cours afin d’épauler les praticiens gabonais lorsqu’ils seront confrontés à des montages financiers complexes dans l’exercice de leurs fonctions.

Pendant trois journées d’échanges intenses, les magistrats participants ont balayé l’ensemble du spectre de la criminalité financière moderne, des normes du Groupe d’action financière (GAFI) jusqu’au rôle névralgique de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF). Les modules de formation ont mis en lumière la traçabilité des fonds à l’ère du numérique, l’infiltration du Darknet, les transactions en cryptomonnaies, ainsi que les leviers juridiques de gel et de confiscation des avoirs. Pour les auditeurs, cette session a constitué un tremplin décisif vers la maîtrise des instruments d’entraide internationale.
Lynda Esther Nguema, magistrat de l’ordre financier affecté à la chambre provinciale des comptes de Ntoum, a souligné le caractère hautement enrichissant de cette session consacrée à la criminalité financière. Qualifiant cette rencontre de « bénéfique pour nous et très enrichissant », elle a souligné que ces travaux lui ont permis d’acquérir de nouvelles compétences pour la « détection des flux financiers d’origine illicite », la compréhension et l’identification des différentes étapes du blanchiment de capitaux, ainsi que la détermination des « mesures que nous devons mettre en place pour empêcher leur prolifération ».

À l’heure du bilan, une feuille de route claire a émergé pour consolider la réponse pénale gabonaise, préconisant une articulation plus fluide entre l’ANIF, le parquet et les cabinets d’instruction. Les participants ont notamment recommandé de s’inspirer du modèle italien de confiscation élargie et préventive afin d’attaquer directement le patrimoine des réseaux criminels. En scellant ainsi une synergie opérationnelle et renouvelée, Libreville et Rome démontrent que la coopération internationale demeure l’arme la plus redoutable pour priver les criminels du fruit de leurs forfaits.

À l’issue de ces trois journées d’apprentissage intensif à Libreville, la cérémonie de clôture a été marquée par la remise officielle des attestations de formation aux différents magistrats participants. Accompagné de la traditionnelle photo de famille et d’un cocktail convivial, cet acte symbolique est venu consacrer le succès de l’atelier, concrétisant l’engagement des juges gabonais à mobiliser ces nouvelles compétences dans l’exercice de leurs fonctions.
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Assistant Edu Gabon
