La mise en garde est solennelle et elle intervient dans un contexte de crispation autour de la réforme des partis politiques. Dans une déclaration rendue publique hier, une frange des formations regroupées au sein de la galaxie dite des « Partis frères » interpelle les pouvoirs publics sur le projet de modification de la loi n°016/2025 du 30 juin 2025 relative aux partis politiques en République gabonaise. À leurs yeux, cette initiative soulève de « sérieuses préoccupations quant à la sécurité juridique des formations politiques légalement constituées et à l’avenir du pluralisme démocratique » dans le pays.
Le collectif ne cache pas son inquiétude. S’il affirme ne pas être hostile par principe aux réformes, il refuse celles qui pourraient fragiliser les droits acquis ou devenir des instruments d’exclusion. « Nous ne sommes pas opposés aux réformes, mais nous refusons de laisser prospérer toutes celles qui risquent de fragiliser les droits acquis, d’entretenir l’incertitude juridique ou de transformer des exigences administratives en instruments d’exclusion politique », déclarent les signataires. Le ton est ferme, mais le propos se veut républicain : depuis les événements d’août 2023 jusqu’à l’avènement de la Ve République, ces responsables politiques rappellent avoir privilégié « l’intérêt supérieur de la Nation, la stabilité des institutions et la réussite du processus de refondation nationale ».
Mais ils entendent fixer une limite claire. Leur soutien, disent-ils, ne saurait être confondu avec une abdication. « Notre engagement républicain ne saurait être interprété comme un renoncement à notre liberté de parole, encore moins comme un chèque en blanc accordé aux institutions », préviennent-ils. Et la formule la plus politique de la déclaration tombe, tranchante : « Nous n’avons pas soutenu la refondation du Gabon pour voir la Ve République devenir le tombeau du pluralisme démocratique. »
Au cœur de leur argumentation, la question de la sécurité juridique. La loi n°016/2025 du 30 juin 2025 constitue, selon eux, le cadre de référence applicable aux partis politiques. Toute modification de ses dispositions doit donc, estiment-ils, respecter les principes de sécurité juridique, d’égalité devant la loi et de pluralisme politique. Ils posent alors deux questions aux autorités : « Comment justifier de nouvelles exigences sans clarifier suffisamment leurs conséquences sur les formations politiques existantes ? Comment garantir une application équitable de la loi si les partis politiques concernés ne disposent pas d’une visibilité suffisante sur leurs obligations et sur les modalités de leur mise en conformité ? »
Les « Partis frères » ne contestent pas à l’État le droit d’organiser la vie politique nationale. Ce qu’ils récusent, c’est une démarche qui, « sous couvert de rationalisation du paysage politique, pourrait conduire à une marginalisation administrative de certains acteurs ». Pour eux, la démocratie ne se réduit pas à une opération de comptage ou de tri. « La démocratie ne se mesure pas au nombre de partis que l’on fait disparaître, mais à la capacité de la République à garantir à chaque formation légalement constituée le droit d’exister, de s’organiser et de participer à la vie nationale dans le respect de la loi », affirment-ils.
Le porte-parole du collectif, Joachim Mbatchi Pambou, président du Forum pour la Défense de la République (FDR) et candidat à l’élection présidentielle d’août 2023, signe cette déclaration qui se veut à la fois un avertissement et un appel au dialogue. Les responsables politiques demandent au gouvernement de clarifier les motivations du projet avant toute évolution susceptible d’affecter durablement le paysage démocratique national. Ils tiennent à préciser leur position : « Notre démarche n’est ni une déclaration de rupture ni une opposition de principe à l’action du Président de la République. Elle relève d’une exigence de responsabilité et de vigilance républicaines. » Avant d’ajouter : « Soutenir la refondation ne signifie pas renoncer à notre devoir d’alerte lorsque des mesures soulèvent des interrogations légitimes. »
Le collectif assure vouloir défendre la démocratie et le pluralisme « par tous les moyens légaux » à sa disposition, dans un cadre pacifique et attaché à l’État de droit. Il ne réclame, dit-il, aucun privilège, mais exige la sécurité juridique et l’égalité de traitement. « Nous ne demandons aucun privilège. Mais exigeons la sécurité juridique, l’égalité de traitement et le respect des règles républicaines », insistent les signataires. Ils prennent à témoin l’opinion nationale et internationale et se réservent le droit de saisir l’ONU, l’Union africaine, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, l’Union européenne, l’Organisation internationale de la Francophonie et le Commonwealth afin de faire valoir leurs droits.
Pour ces formations, l’avenir du Gabon repose sur trois piliers : « la démocratie multipartite, la paix et l’État de droit ». Aucune réforme, estiment-elles, ne devrait compromettre cet équilibre. Leur conviction est que le pays mérite mieux qu’une démocratie de façade. « Le Gabon mérite mieux qu’une démocratie de façade. Il mérite une démocratie vivante, pluraliste, respectueuse de ses lois et ouverte à toutes les expressions politiques légalement constituées », concluent-ils, avant cette dernière mise en garde : « La Ve République doit être celle de la consolidation démocratique, et non celle de la confiscation du pluralisme politique. »
