Nous publions la tribune du pasteur César Boutimba sur l’absence des gabonais dans le commerce. Il évoque les raisons de cet absence…
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Si vous allez dans n’importe quelle ville de province, vous apprendrez que les premiers propriétaires des bâtiments que vous voyez au quartier commercial étaient des gabonais d’origine. Il y avait là quelques ateliers, quelques entrepôts et quelques magasins appartenant à des indigènes. Mais depuis la fin des années 1960, ces entreprises ont été progressivement cédées à des concitoyens d’adoption. Personne n’avait échoué dans son activité, nos ascendants furent plutôt débauchés par les nouveaux gouvernants qui voulaient remplir leurs listes de militants.
1. Les gabonais qui sont nés dans la période 1900-1940 n’avaient pas forcément été sur le banc de l’école, mais beaucoup avaient appris un ou plusieurs métiers, dans l’administration coloniale ou dans les stations missionnaires. Vous aviez ici des ouvriers qualifiés, des artisans, des restaurateurs, des maraîchers, des chauffeurs, des conducteurs de poids lourds, des transitaires, des mécaniciens, des forestiers, des gérants, des couturiers, des maroquiniers, des tisserands. Des gens qui avaient fait leurs preuves aux temps des occidentaux et qui voulaient se prendre en charge.
Ceux qui n’avaient pas le courage de démarrer une entreprise migraient vers les grandes villes, mais d’autres restaient en province pour se construire un patrimoine économique. Malheureusement pour ces derniers, les hommes politiques sont venus leur expliquer comment gagner mieux et beaucoup plus vite, mais ailleurs.
2. En 1968, quelques gabonais de distinction se rassemblèrent autours du jeune président pour créer le parti unique. Le projet était facile à rédiger mais difficile à exécuter pour une raison: où trouver des cadres politiques? La France coloniale n’avait pas formé grand monde. Les écoles étaient rares, les lycées se comptaient sur une seule main et aucune université n’avait jamais été construite ici. Les nouveaux gouvernants devaient former des milliers de cadres politiques, payables au même titre que les employés de l’administration publique. L’argent n’était pas un problème, il coulait comme l’Ogooué dans les multinationales et les caisses de l’État. Les nzèbi disent que le caillou de la rivière ne suffoque pas de chaleur. Il fallait donc trouver des cailloux à jeter dans le fleuve d’argent.
Chaque membre du bureau politique est allé chercher ses parents au bled. Les principales cibles furent les fonctionnaires et les commerçants. Les premiers étant déjà salariés, on laissa la plupart animer le parti au village. Les commerçants n’étaient pas diplômés mais savaient côtoyer les populations, de surcroît ils connaissaient la valeur de l’argent. On leur miroita les salaires ahurissants dans les secteurs forestier, minier et pétrolier. Pour des valeureux qui se débattaient dans les difficultés d’approvisionnement, c’était le paradis sur un plateau. Ces « gens à l’aise » de l’arrière-pays ne se firent pas supplier. Eux-mêmes transhumèrent vers les grandes villes, à la fois comme travailleurs et militants politiques. Les autres les remplacèrent. Jusqu’à aujourd’hui.
3. En toute honnêteté, les migrants politiques n’ont jamais regretté leur choix, puisqu’après la retraite, personne n’est jamais retourné à son premier amour, d’ailleurs ils n’ont jamais encouragé leurs enfants à embrasser ces métiers-là.
Les bâtiments commerciaux de province sont restés jusqu’à aujourd’hui, mais loués par des concitoyens d’adoption qui se tiennent généralement éloignés de la politique. Ceux-là ont raison. Les nzèbi disent que deux sorciers ne se partagent jamais les fétiches.
Bitam, le 08 décembre 2021
Philippe César Boutimba Dietha
NB: la photo présente le marché de Libreville dans les années 1960
Ne révise plus seul ! Accède à une 𝐦𝐮𝐥𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐝'𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐲𝐧𝐭𝐡𝐞𝐬𝐞 𝐞𝐧 𝐏𝐡𝐲𝐬𝐢𝐪𝐮𝐞-𝐂𝐡𝐢𝐦𝐢𝐞, 100% conformes au programme du Gabon. Bloqué sur un calcul ? 𝐇𝐲𝐬𝐨𝐩𝐞, ton Grand Frère IA, 𝐭𝐞 𝐠𝐮𝐢𝐝𝐞 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 vers la solution de chaque question.
𝐡𝐭𝐭𝐩𝐬://𝐚𝐬𝐬𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐭𝐞𝐝𝐮.𝐨𝐧𝐥𝐢𝐧𝐞
