Ce lundi 17 mars 2025, le Radisson Blu a été le théâtre des Assises nationales sur le financement du développement post-transition au Gabon. Placée sous l’égide du Vice-premier ministre Alexandre Barro Chambrier et organisée par le ministre de l’Économie et des Participations, Mark-Alexandre Doumba, en collaboration avec les Nations Unies, cette rencontre a rassemblé un aréopage d’acteurs clés : membres du gouvernement, diplomates, représentants des institutions financières, opérateurs économiques et société civile. L’objectif ? Repenser le modèle économique gabonais à l’aune des défis mondiaux actuels.

Un constat sans appel : l’urgence de la refonte économique
Dans son allocution, Mark-Alexandre Doumba a dressé un tableau sans concession de la situation économique du Gabon. En cinquante ans, le revenu moyen par habitant a chuté de 50 %, passant de 5,5 millions de francs CFA en 1975 à 2,4 millions en 2024. Un déclin qui illustre l’échec du modèle de « l’économie de rente », largement dépendante des ressources pétrolières. « Le monde s’est effrité, le monde se polarise, le monde est fragmenté », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de passer à un « modèle économique de production » plus résilient et moins vulnérable aux chocs extérieurs.

Le ministre a appelé à une mobilisation accrue des ressources internes et à une meilleure coopération entre les acteurs économiques locaux. « Notre développement ne doit pas reposer essentiellement sur les financements extérieurs », a-t-il insisté, plaidant pour une économie plus agile et une administration plus efficace. « Une économie, c’est une question de vélocité », a-t-il rappelé, pointant du doigt la lourdeur bureaucratique qui freine les initiatives privées et publiques.
Les défis financiers mondiaux : un contexte difficile pour le Gabon
Savina Ammassari, Coordonnatrice Résidente des Nations Unies au Gabon, a quant à elle mis en lumière les défis financiers globaux auxquels fait face le pays. Avec une dette publique mondiale atteignant 93 % du PIB en 2024 et des besoins de financement passés de 2,5 à 4 trillions de dollars US depuis la pandémie, le Gabon, classé comme pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, se trouve souvent exclu des mécanismes de financement concessionnels. « Cela contraint le pays à faire face à des coûts de financement plus élevés », a-t-elle expliqué.

Pour surmonter ces obstacles, Mme Ammassari a préconisé une « approche holistique du financement » et un « changement de paradigme ». Elle a notamment mis en avant des instruments innovants tels que les obligations thématiques, l’investissement à impact et les échanges de dettes, qui pourraient permettre de financer des projets liés à la résilience climatique, aux énergies renouvelables et aux infrastructures sociales. « Les Nations Unies sont aux côtés du gouvernement gabonais dans sa quête d’un financement robuste et durable », a-t-elle assuré.
Une situation budgétaire préoccupante

Alexandre Barro Chambrier, Vice-premier ministre et ministre de la Planification, a pour sa part alerté sur l’état des finances publiques gabonaises. « Les Autorités de la Transition ont hérité d’un service de la dette représentant 55 % des recettes budgétaires en 2025 », a-t-il révélé, soulignant que cette situation limite considérablement les marges de manœuvre pour les dépenses sociales et les investissements publics. La dépendance aux recettes pétrolières, qui représentent un risque majeur, a également été pointée du doigt. « La vulnérabilité des flux de financement du Gabon aux chocs extérieurs est préoccupante », a-t-il déclaré.
Pour y remédier, M. Chambrier a proposé plusieurs axes stratégiques, notamment une meilleure mobilisation des recettes non pétrolières et l’exploration de niches fiscales potentielles, telles que l’impôt foncier, la taxation du secteur informel et du e-commerce. Il a également appelé à une gestion plus rigoureuse de la dette publique et à une stratégie d’endettement plus crédible et durable.
Une feuille de route ambitieuse, mais des défis de taille

Ces Assises nationales ont donc posé les bases d’une réflexion approfondie sur l’avenir économique du Gabon. Si les propositions avancées par les différents intervenants sont ambitieuses, leur mise en œuvre s’annonce complexe. La transition d’une économie de rente à un modèle de production nécessitera non seulement des réformes structurelles profondes, mais aussi une volonté politique forte et une collaboration étroite entre tous les acteurs économiques.
Le Gabon se trouve à un carrefour crucial de son histoire économique. Les défis sont immenses, mais les opportunités sont également nombreuses, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’innovation financière et de la diversification économique. Reste à savoir si les décideurs gabonais sauront saisir ces opportunités pour construire un avenir plus résilient et prospère. Une chose est sûre : le temps presse, et les Gabonais attendent des actions concrètes.
