Alors que souffle un vent de renouveau sur le Gabon post-libération, porté par les ambitions de la 5ᵉ République pour un secteur culturel florissant et rayonnant à l’international, une ombre tenace plane sur cet élan : la Direction générale des Arts et des Industries culturelles (DGAIC). Loin d’être le moteur attendu, elle s’impose, au fil des témoignages désabusés, comme un frein lourd et inattendu à la dynamique enclenchée.
Le constat est accablant et convergeant. Artistes, producteurs, porteurs de projets, tous dressent le même tableau d’une administration ankylosée, noyée dans une opacité déconcertante et dangereusement éloignée des réalités palpables du terrain. Deux griefs majeurs se détachent, tel un couperet : une bureaucratie pachydermique et une ignorance sidérante des textes fondamentaux qui régissent le secteur.
Comment tolérer, en cette ère de digitalisation et de simplification administrative, que des dossiers essentiels à la vitalité culturelle croupissent pendant des semaines, voire des mois, dans les méandres administratifs de la DGAIC ? Comment admettre que des agents, dont la mission première est de garantir l’application scrupuleuse de la réglementation, semblent naviguer à vue, ignorant superbement les fondements mêmes de leur travail ?
Ce dysfonctionnement chronique engendre un climat délétère d’insécurité administrative, où les silences assourdissants côtoient les réorientations arbitraires et les décisions sont prises en dehors de tout cadre juridique intelligible. Ce flou artistique imposé par l’administration finit inéluctablement par décourager les initiatives les plus prometteuses, fragilisant dangereusement les dynamiques culturelles pourtant vitales à l’édification d’un Gabon nouveau, vibrant et créatif.
Face à cette inertie préjudiciable, le ministère de la Culture ne peut plus se permettre de tergiverser. L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à une action résolue et sans concession. Un audit profond et impartial de la DGAIC s’impose de toute urgence. Il est impératif de moderniser en profondeur les méthodes de travail obsolètes, de renforcer drastiquement les compétences des agents qui semblent naviguer en eaux troubles, d’assainir des procédures opaques et, surtout, de replacer les acteurs culturels – les artistes, les créateurs, les entrepreneurs – au cœur de l’action publique.
À défaut d’une prise de conscience et d’une réforme radicale, cette direction, qui devrait être un catalyseur de l’épanouissement culturel gabonais, restera un obstacle majeur, une ancre rouillée retenant l’élan tant espéré de la nouvelle République. Le risque est grand de voir cet élan créatif, si essentiel à l’identité et au rayonnement du Gabon, s’essouffler face à une administration qui, par son inertie et son incompétence, menace de l’étouffer dans l’œuf. Il est temps d’agir, avant que le moteur culturel de la 5ᵉ République ne cale définitivement.
