LA DÉMOCRATIE ENCLAVÉE : LE SCANDALE D’IYALA-MARTEL RÉVÈLE LES FAILLES DE LA TRANSITION GABONAISE

Alors que le Président Oligui Nguema s’affiche en champion de l’État de droit, des familles gabonaises vivent emmurées dans leur propre quartier

 

Dans la chaleur moite d’Akanda, à quelques kilomètres seulement des bureaux climatisés du pouvoir, une scène ubuesque se joue depuis près de deux ans. À Iyala-Martel, plus de quinze familles vivent littéralement en prison à ciel ouvert. Leur geôlier ? Un simple mur de béton érigé illégalement sur l’unique voie d’accès à leurs domiciles. Leur crime ? Avoir cru aux promesses d’un État de droit restauré.

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Le mur qui enclave plus de quinze familles

Tandis que les Gabonais célébraient l’élection triomphale du Président Brice Clotaire Oligui Nguema avec 94,8% des suffrages, symbole apparent d’une transition réussie, ces citoyens ordinaires d’Iyala-Martel gravissaient pour la énième fois les marches de la mairie d’Akanda, dossiers sous le bras et espoir en berne.

 

Des promesses en béton… comme le mur qui les emprisonne

 

« Ils nous ont demandé de garder notre mal en patience, » confie avec amertume un membre du collectif des victimes, dont le visage trahit une lassitude qui dépasse largement le simple inconfort. « Mais combien de temps devons-nous encore attendre pour simplement pouvoir rentrer chez nous sans escalader un mur ? »

 

L’affaire est d’une simplicité déconcertante : un citoyen, visiblement bien connecté aux arcanes du pouvoir, a purement et simplement condamné l’accès à tout un quartier en érigeant une barrière sur une voie de servitude utilisée depuis plus d’une décennie. Les réclamations, plaintes et doléances s’accumulent sur les bureaux des autorités compétentes. Les visites officielles se succèdent. Les promesses aussi. Pourtant, le mur reste désespérément debout.

 

 Le mystérieux « intouchable » d’Akanda

 

Les rumeurs vont bon train à Libreville. Certains affirment que l’auteur de ce forfait immobilier serait un membre des forces de l’ordre. D’autres évoquent des liens familiaux avec l’entourage direct du Président Oligui Nguema. Dans ce petit pays où tout se sait mais où rien ne se dit publiquement, ces murmures prennent une résonance particulière.

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La route de servitude obstruée avant et après la construction du mur

« Pourquoi un simple mur ne peut-il pas être démoli par les autorités quand il viole manifestement la loi ? » s’interroge un habitant qui préfère rester anonyme, craignant des représailles. « Est-ce vraiment le Gabon nouveau qu’on nous a promis ? »

 

 L’angle mort de la transition gabonaise

 

Lorsque le CTRI (Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions) a pris le pouvoir, les Gabonais ont applaudi à la perspective d’un renouveau démocratique. La nationalisation des entreprises stratégiques, le dialogue national inclusif et la réforme constitutionnelle ont donné corps à ces espoirs. Mais l’affaire d’Iyala-Martel jette une ombre inquiétante sur cette façade de changement.

 

« Nous devons installer un véritable État de droit, basé sur une justice impartiale et le respect scrupuleux des institutions, » déclarait solennellement le Président Oligui Nguema lors de son investiture. « La Vème République pose l’exigence de mettre fin à l’impunité, à la corruption, au laxisme et à la paresse. »

 

Des mots qui résonnent étrangement dans les ruelles d’Iyala-Martel, où les habitants continuent de gravir quotidiennement ce mur de l’indifférence administrative, symbole d’une justice sociale encore balbutiante.

 

Le test de l’État de droit

 

L’affaire d’Iyala-Martel n’est pas qu’une simple querelle de voisinage. Elle constitue un véritable test pour les institutions gabonaises en reconstruction. Comment croire à l’impartialité de la justice quand un simple particulier peut, en toute impunité, prendre en otage tout un quartier ? Comment adhérer au projet d’une nation rénovée quand les autorités locales se murent dans un silence assourdissant face à une injustice aussi flagrante ?

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La voie obstruée, avant la construction du mur, visible sur Google maps

Pour les familles emprisonnées d’Iyala-Martel, la question ne se résume pas à un simple désagrément logistique. C’est leur dignité même qui est en jeu, leur droit fondamental à circuler librement dans leur propre pays.

 

Alors que le Président fraîchement élu proclamait durant sa campagne « Vous m’avez demandé de changer de méthode et je les change », les habitants d’Iyala-Martel attendent toujours de voir ces changements se concrétiser dans leur quotidien emmurés.

 

L’affaire du mur d’Iyala-Martel restera sans doute comme le symbole des contradictions d’une transition gabonaise spectaculaire en surface, mais qui peine encore à atteindre les profondeurs de la justice sociale quotidienne. En attendant, quinze familles continuent de vivre littéralement emmurées dans le « nouveau Gabon ». Un paradoxe de béton qui n’a rien à envier aux constructions les plus absurdes de Kafka.

 

Jimmy Mandoukou, journaliste, maître en anthropologie



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