Confusion et irrégularités : la déclaration du procureur général sur Sylvia Bongo et son fils pose question

La récente déclaration du procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, relative à la mise en liberté provisoire de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddine Bongo Valentin, suscite de nombreuses interrogations. Présentée comme une mise au point sur leur situation judiciaire, cette sortie officielle s’écarte pourtant de plusieurs principes fondamentaux de procédure et d’éthique judiciaire.

Le 15 mai 2025, lors d’un point de presse organisé au palais de justice de Libreville, le procureur général a détaillé les étapes ayant conduit à la libération provisoire de ces deux personnalités inculpées pour de lourdes charges, notamment détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, usurpation de titres et association de malfaiteurs. Il a insisté sur le fait que cette décision répondait à des considérations strictement médicales, invoquant le principe selon lequel « la liberté est le principe et la détention l’exception ».

 

Cependant, au-delà de cette déclaration de principe, plusieurs observateurs et professionnels du droit dénoncent des anomalies et un flou juridique préoccupant :

Il est rare voire inapproprié qu’un procureur général commente publiquement une décision de mise en liberté provisoire encore couverte par le secret de l’instruction. Cette prise de parole donne l’impression d’une justification anticipée face à une opinion publique sceptique, ce qui peut fragiliser l’indépendance de la justice.

Le procureur affirme que le juge d’instruction a clôturé l’information judiciaire le 28 avril, mais précise également que la mise en liberté provisoire a été accordée par la chambre d’accusation le 14 mai. Or, une fois le dossier transmis à la chambre d’accusation, le juge d’instruction n’est plus compétent pour prendre des mesures provisoires. Cette contradiction soulève des doutes sur la régularité de la procédure suivie.

 

Le procureur général mentionne une « ordonnance de non-lieu partiel, de requalification et de transmission », sans expliciter la nature des infractions réqualifiées ni les personnes concernées. Cela empêche le public d’évaluer si les charges maintenues sont toujours aussi graves, ou si une partie de l’affaire a été discrètement allégé.

 

Enfin, l’argument de l’état de santé préoccupant, justifiant une libération humanitaire, apparaît comme un subterfuge commode dans une affaire hautement sensible. Plusieurs voix dénoncent l’absence de contre-expertise indépendante et une précipitation suspecte dans l’acceptation de certificats médicaux établis par des médecins proches du pouvoir.

 

Si le procureur conclut en affirmant que « la procédure suivra son cours jusqu’à la tenue d’un procès équitable », de nombreux Gabonais peinent à croire à cette promesse. Le traitement judiciaire des membres de la famille Bongo continue d’alimenter les soupçons d’un traitement de faveur, en rupture avec les engagements de justice et de transparence annoncés par les nouvelles autorités.

Dans un contexte où la restauration de l’État de droit est attendue comme un pilier du renouveau politique, ce genre de communication officielle maladroite ne fait que renforcer la défiance à l’égard de la justice gabonaise.



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