Hass Nziengui fait son « Bruit d’Afrique » à l’Assemblée nationale

L’écrivain gabonais a présenté samedi dernier trois œuvres majeures dans l’hémicycle, révélant un triptyque littéraire d’une rare puissance prophétique.

 

Il y a des moments où la littérature rejoint l’Histoire avec une troublante prescience. Samedi 28 juin, l’Assemblée nationale du Gabon vibrait au rythme des mots de Hass Nziengui, écrivain-journaliste dont les œuvres semblent avoir devancé leur temps. Trois livres, trois univers, une même obsession : le changement.

 

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Organisé en partenariat avec les éditions Ntsame, ce vernissage littéraire avait des allures de séance de divination politique. Car voilà bien le paradoxe fascinant de cette œuvre : *Le Temps des Passations*, écrit en 2011, décrit avec une précision troublante les bouleversements survenus au Gabon en août 2023. « Un message prémonitoire », selon les mots du 3e Vice-président Florentin Moussavou, parrain de l’événement.

 

Steeve Renambo, qui connaît l’auteur depuis plus de trente ans, n’a pas manqué de souligner cette clairvoyance. Dans ce roman de fiction politique, Nziengui met en scène un pays dirigé depuis 25 ans par un président autocrate, au bord de l’implosion. L’intrigue tourne autour du général Gabriel Doungang, bras droit du pouvoir, et de sa famille prise dans les tourments du changement. Une histoire où la jeunesse universitaire porte l’espoir de transformation.

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 L’OHADA ou l’amour du droit

 

Mais Hass Nziengui ne se contente pas de prophétiser. Avec L’OHADA, il transforme l’aride matière juridique en conte d’amour. L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires devient sous sa plume une jeune fille séduisante dont il tombe éperdument amoureux depuis un plateau télé. Pari audacieux que cette allégorie romantique pour vulgariser les enjeux de l’intégration juridique africaine.

 

Appolinaire Ondo Mvé a brillamment décrypté cette métaphore lors de la présentation : l’institution juridique, le plateau télévisé comme lieu de rencontre, et ce « coup de foudre narratif » qui transforme la technique en émotion pure.

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Le théâtre comme arme de conscience

 

Avec Bruit d’Afrique, pièce en trois actes, l’auteur retrouve ses premières amours théâtrales. Dominique Douma, qui a préfacé l’œuvre, y voit une « arme linguistique et identitaire ». Les quinze personnages plus le chœur portent tous la même obsession : le « changementisme », cette idéologie du changement qui traverse toute l’œuvre de Nziengui.

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La pièce détourne avec malice les codes démocratiques : une parodie d’élections universitaires où « le tambour creux devient l’urne » et où « le conflit démarre quand on attribue la victoire à celui qui ne la mérite pas ». Miroir cruel des démocraties africaines contemporaines.

 

 L’écriture comme laboratoire social

 

Ce qui frappe dans ce triptyque, c’est la cohérence d’une vision. Depuis les années 90, Hass Nziengui martèle la même conviction : l’Afrique doit changer. Ses livres fonctionnent comme un laboratoire d’expérimentation sociale, testant les ressorts du changement à travers la fiction.

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« En politique, on obéit à des saisons et à des cycles », rappelle Steeve Renambo en citant l’auteur. « Le grand homme politique est celui qui sait discerner les temps. » Visiblement, l’écrivain Nziengui possède ce don de discernement.

 

Reste cette question lancinante : et si la littérature était le meilleur observatoire des mutations politiques ? Ce vernissage à l’Assemblée nationale, dans ce temple de la démocratie gabonaise, prenait alors des allures de révélation. Comme le proclame le titre de sa pièce, Hass Nziengui continue de faire du « bruit » pour réveiller l’Afrique.

 

Un bruit salutaire qui résonne encore dans l’hémicycle.

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