Gabon : de qui se moque-t-on ? Quand les anciens bourreaux crient à la torture

Alors qu’ils vivent désormais loin du tumulte gabonais, Ali Bongo et les siens s’en remettent à la justice française pour dénoncer leur supposée « séquestration » et des « tortures » qu’ils auraient subies après le coup d’État du 30 août 2023. Une plainte portée contre X à Paris a récemment conduit l’ex-président gabonais à être entendu comme victime par des juges d’instruction. Une posture surprenante, pour ne pas dire choquante, au regard de l’histoire politique du Gabon sous la dynastie Bongo.

Pendant plus d’un demi-siècle, la famille Bongo a régné sans partage sur le Gabon. Omar Bongo d’abord, Ali Bongo ensuite. Et avec eux, un système verrouillé, une opposition muselée, des voix dissidentes réduites au silence, parfois dans des conditions restées obscures. Des activistes, des journalistes, des membres de la société civile ont été arrêtés, intimidés, séquestrés, certains même portés disparus. Des ONG locales et internationales ont dénoncé à maintes reprises des cas de torture, de détention arbitraire et même de meurtres politiques.

 

En 2016, lors de la contestation électorale ayant suivi la réélection contestée d’Ali Bongo, des opposants ont été arrêtés, frappés, détenus sans jugement. Les violences dans le quartier général de Jean Ping, candidat de l’opposition, sont encore dans toutes les mémoires. Le palais du peuple avait alors été pris d’assaut, les balles réelles avaient parlé. Des familles attendent encore la vérité sur leurs proches disparus depuis cette date.

 

Plus encore, des soupçons de crimes rituels ont longtemps plané sur le régime, alimentés par la découverte de corps mutilés et l’inaction ou le silence complice des autorités de l’époque. Rien n’a jamais été élucidé, et les enquêtes étaient systématiquement enterrées.

 

Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui crient au scandale, qui accusent le nouveau pouvoir de les avoir privés de liberté, alors qu’ils ont été traités avec un soin particulier, dans leur propre résidence, et dans un souci d’éviter un bain de sang. Sylvia et Noureddin Bongo, que leurs avocats décrivent aujourd’hui comme des martyrs, sont accusés de détournement massif de fonds publics, des sommes astronomiques extraites d’un pays où l’hôpital manque de médicaments et l’école de manuels.

 

Le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, loin de chercher vengeance, a maintenu l’ordre, évité les lynchages publics et garanti des procès équitables. Leur départ d’abord vers l’hôpital militaire, ensuite vers l’Angola, en liberté provisoire, montre une volonté d’humanisme dans un contexte où beaucoup réclamaient des comptes sévères.

 

La manœuvre judiciaire à Paris semble aujourd’hui un coup de communication, destiné à inverser la charge morale, à brouiller les pistes. Mais les Gabonais n’oublient pas. Ils savent qui a volé, qui a réprimé, qui a imposé un système clanique sur l’État. Que la justice française entende les plaignants, soit. Mais qu’elle n’oublie pas l’histoire.

 

Car enfin, de qui se moque-t-on ?

Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

One thought on “Gabon : de qui se moque-t-on ? Quand les anciens bourreaux crient à la torture

  1. La dynastie Bongo est toujours au pouvoir, étant donné que les criminels de 1990, 2016, les pilleurs de tout temps, les circuits mafieux de détournement de l’argent du pétrole sont toujours préservés et protégés

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