Justice gabonaise : l’alliance inédite des magistrats pour traquer la corruption

Dans la moiteur studieuse des salles de l’École nationale de la magistrature de Libreville, c’est un parfum de révolution silencieuse qui a flotté du 22 au 23 juillet 2025. Durant deux jours, magistrats, experts de la Cour des comptes et de la Cour de cassation, responsables institutionnels et partenaires internationaux se sont penchés sur un défi central et urgent : asseoir une coopération efficace entre les juridictions judiciaire et financière, pour doter le Gabon d’une justice plus agile face aux fléaux de la mauvaise gestion, de la corruption et de l’impunité.

1753366118345

Derrière le protocole de circonstance, l’atmosphère est à la franchise et à l’autocritique. L’ouverture, présidée par le ministre de la Justice, a posé d’emblée le cap : la création annoncée de parquets financiers, mesure longtemps attendue, symbolise l’exigence de modernité voulue par les plus hautes autorités du pays sous la Ve République nouvellement inaugurée.

 

Les intervenants ne se sont pas contentés d’un échange académique. Sidonie Flore Owouè, directrice technique de l’école, a donné le ton, saluant une “opportunité d’approfondir un sujet fondamental pour la construction de notre système judiciaire et financier”. Car derrière la diversité des juridictions, c’est un même objectif qui rassemble : défendre l’intérêt général, restaurer la confiance citoyenne et préserver l’intégrité des finances publiques.

1753366194775

Le diagnostic, dressé avec la rigueur des praticiens avertis, met au jour des failles persistantes. Benjamin Mba Nguema, magistrat expert, pointe la difficulté chronique de la Cour des comptes à transmettre efficacement aux juridictions compétentes les infractions à caractère pénal ou administratif mises à jour lors de ses contrôles. La conséquence : des dossiers qui stagnent, des sanctions qui peinent à tomber, et avec elles, le sentiment d’impunité qui sape l’action publique. Tout l’édifice de la lutte contre la corruption se trouve ainsi affaibli.

1753366168957

La pertinence de la thématique se retrouve dans les préoccupations soulevées lors de l’atelier : manque de formation spécifique, insuffisance de coopération formelle entre les deux ordres de juridiction, communication défaillante et absence de guides pratiques adaptés complexifient inutilement le traitement d’affaires pourtant cruciales. “La clarification des compétences et le partage d’expérience sont désormais incontournables”, appuie Pierre NDONG ABOGHE, Directeur Général de l’école, pour qui l’investissement dans la formation continue devient une urgence structurelle.

1753366135374

Pourtant, malgré l’austérité du constat, les signaux d’espoir sont nombreux. Les magistrats, toutes générations confondues, manifestent une volonté tangible d’améliorer la collaboration, de bâtir des passerelles et de multiplier les concertations régulières. Le rapport final, présenté par Hélène Marina Kombila épse Biyoghe, synthétise cette détermination nouvelle en une série de recommandations ambitieuses : révision du cadre légal pour renforcer les pouvoirs du ministère public dans l’ordre financier, institutionnalisation d’espaces d’échange inter-juridictionnels, création de référentiels pratiques, et lancement de programmes de formation continue à l’échelle nationale.

1753366086682

Au-delà des discours, la dynamique lancée à Libreville porte les ferments d’une mutation profonde de la justice gabonaise. L’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement et de l’ambassade du Japon, salué unanimement, traduit une volonté de tirer profit du meilleur des pratiques internationales pour ancrer la réforme dans la durée.

 

Car il ne s’agit plus simplement de sanctions, mais bien de refonder la crédibilité de la justice aux yeux du peuple. Plus qu’un atelier technique, cette rencontre pose les bases d’une nouvelle ère où la lutte contre les crimes économiques ne sera plus écartelée entre juridictions cloisonnées et silos administratifs, mais portée par l’intelligence collective, la transparence et le dialogue continu. Désormais, à Libreville, la magistrature avance unie sur le chantier de la justice rénovée : une justice qui refuse la résignation, qui fait de la responsabilité partagée sa première arme, et qui place l’intérêt général au-dessus de tout.

 

 

One thought on “Justice gabonaise : l’alliance inédite des magistrats pour traquer la corruption

Comments are closed.