La salle de conférence du ministère de la jeunesse, des sports, des arts et de la culture avait des airs de sanctuaire, ce samedi 23 mai, à l’occasion de la deuxième édition de la journée nationale des héros gabonais. Porté par le Label culturel Ekang Industrie, l’événement a rassemblé une poignée de promoteurs culturels autour d’une ambition aussi modeste que vertigineuse : ressusciter des mémoires que l’histoire officielle a laissées en jachère.

Il y avait là de la musique, des jeux traditionnels, des tissus aux motifs fièrement gabonais, et des œuvres d’art exposées comme autant de fragments d’une identité que l’on veut réapprivoiser. Mais le temps fort de cette journée fut sans doute ces projections et ces témoignages où les descendants d’anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale ont fait revivre, le temps d’une parole, des héros et martyrs que l’école n’évoque guère.

Lionel Allou Mba, président d’Ekang Industrie, ne mâche pas ses mots : cette commémoration entend combler les lacunes d’un enseignement scolaire trop souvent muet sur ces « valeureux ancêtres qui ont combattu pour la dignité, pour la liberté et pour la préservation de nos valeurs culturelles ». Rappelant que la dernière reconnaissance officielle des anciens combattants remontait aux années 60, après le baptême du camp de Ntchoreret, il insiste sur l’urgence de transmettre le goût du sacrifice et de l’engagement aux nouvelles générations. Pourtant, prévient-il, cette ambition culturelle ne pourra s’épanouir sans un soutien accru de l’État, sur les plans logistique et financier, pour faire du Gabon une véritable vitrine artistique.


Dans l’assistance, Brice Severin Ikania porte un héritage aussi fiévreux qu’indispensable. Fils de Jean-Bernard Ikania, tirailleur gabonais au matricule 1625 – 2e guerre mondiale, bataillon 1945-AEF –, il livre un plaidoyer vibrant pour que la mémoire de ces soldats ne sombre pas dans l’indifférence. « Ils ont versé leur sang », souffle-t-il, avec une gratitude émue pour cette journée qui les honore enfin.

Mais son appel dépasse la simple commémoration : il exige une reconnaissance officielle et matérielle, tant du Gabon que de la France. Car ces hommes ont contribué à libérer un pays qui n’était même pas le leur – le Gabon étant alors territoire français. Alors, en retour, que reste-t-il aux veuves et aux descendants abandonnés, sinon une dette morale qu’il est urgent d’honorer ?

La cérémonie s’est achevée dans une certaine solennité, sur la remise de parchemins aux acteurs de l’organisation. Mais chacun semblait le comprendre : ce n’était là qu’un début. La véritable reconnaissance ne tiendra pas dans un bout de papier. Elle se mesurera à ce que les gouvernements, français et gabonais, oseront ou non faire pour que ces héros trop longtemps omis prennent enfin la place qui leur revient dans la mémoire collective.
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