Un mois presque jour pour jour. Le Réseau National des Journalistes Indépendants (RENAJI) est sorti de son silence, ce lundi, par une déclaration cinglante. En cause : l’incarcération prolongée de son confrère Médard TOUNDA YOUBI, placé en détention préventive à la prison centrale de Libreville depuis le 23 avril dernier. Une affaire qui, selon l’organisation, mêle zones d’ombre judiciaires, soupçons d’ingérences et règlement de comptes personnel avec une figure du gouvernement.
L’histoire a des allures de volte-fatale. Présenté devant le parquet après une garde à vue à la brigade territoriale du Gros-Bouquet, le journaliste s’était pourtant rendu de lui-même aux autorités. Mieux : le juge d’instruction avait ordonné sa mise en liberté provisoire. « Quelques minutes seulement après son prononcé », alors que le prévenu se trouvait déjà entouré de sa famille et du président du RENAJI, la décision a été brutalement annulée. Un revirement « soudain et incompréhensible » qui, pour le réseau de journalistes, « nourrit de profondes inquiétudes quant au respect des principes fondamentaux de la justice ».
Dans le viseur du RENAJI, une ministre – Zenaba GNINGA CHANING, titulaire du portefeuille de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI-PME. Ancienne candidate à la présidentielle d’avril 2025, elle avait eu pour directeur de campagne… Médard TOUNDA YOUBI lui-même. Ce dernier a également occupé les fonctions de chargé de missions au sein de son cabinet, avant que la relation professionnelle ne se dégrade. « Cette proximité politique et professionnelle passée soulève aujourd’hui de légitimes interrogations », insiste le RENAJI.
Le ton est monté d’un cran après une rencontre, le 13 mai, entre la ministre et la délégation du réseau. Selon le RENAJI, les échanges sont restés « essentiellement d’ordre interne et personnel », sans jamais véritablement aborder le fond de l’article incriminé ou une quelconque faute déontologique. « À aucun moment les discussions n’ont véritablement porté sur le contenu journalistique », déplore l’organisation, qui y voit « un différend qui semble dépasser le seul cadre de l’écriture » et s’apparenter à un « règlement de comptes personnels ».
Face à ce qu’il estime être une instrumentalisation de la justice, le RENAJI a choisi de hausser la voix. L’organisation exige la « mise en liberté immédiate » de son membre, jugeant « disproportionné » son maintien en détention pour des faits qui auraient été, selon elle, requalifiés en « menace par voie de fait ». Elle pointe également une anomalie procédurale : si les faits relevaient d’un flagrant délit, pourquoi avoir ouvert une information judiciaire devant un juge d’instruction ?
L’affaire TOUNDA YOUBI ne tombe d’ailleurs pas dans un vide. Le RENAJI rappelle une série d’incidents récents ayant émaillé la profession au Gabon : l’enlèvement du journaliste Roland Olouba le 15 janvier 2026, l’arrestation de Harold Leckat à l’aéroport de Libreville en octobre 2025, ou encore celles d’Hervé Simon Ndong et du regretté Brice Ndong. « Pris isolément, chacun de ces événements appelle un examen rigoureux. Considérés dans leur ensemble, ils nourrissent un sentiment croissant d’inquiétude », alerte le réseau.
En creux, c’est une mise en garde lancée aux plus hautes sphères de l’État. Le RENAJI interpelle « respectueusement » le président Brice Clotaire Oligui Nguema, dont « l’attachement à l’État de droit a été affirmé à plusieurs reprises », afin que « toute la lumière soit faite ». Et le ton du communiqué de conclure, sans ambages : « La liberté de la presse n’est pas négociable. Lorsqu’un journaliste est inquiété pour avoir exercé son métier avec rigueur, c’est l’ensemble de la profession qui est interpellé, mais aussi l’État de droit qui est mis à l’épreuve. »
Pour l’heure, Médard TOUNDA YOUBI reste détenu. Le RENAJI promet de rester « pleinement mobilisé » et se réserve le droit d’engager « toute initiative légale et républicaine ». L’opinion nationale et internationale est prise à témoin.
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