Ce vendredi 12 juin, l’effervescence habituelle du marché de Mont-Bouët à Libreville a pris une coloration particulière. Le maire Eugène MBA a franchi les portes de la plus grande zone commerçante de la capitale gabonaise, entouré de ses collaborateurs et des techniciens d’Airtel Money et MOOV. L’objet de cette visite officielle ? Lancer une opération qui pourrait bien changer le quotidien des milliers de commerçants du site : la digitalisation du paiement des taxes municipales.

Fini l’argent liquide qui circule de main à main, dans l’opacité et parfois l’angoisse. Place aux transactions électroniques, sécurisées, traçables. La mairie de Libreville passe à la vitesse supérieure, et c’est au cœur du poumon économique de la ville que l’expérimentation a débuté.
Sous les grandes halles où s’entassent les marchandises, là où les étals croulent sous les fruits, les tissus et les articles de première nécessité, le maire a pris le temps d’expliquer sa démarche aux commerçants rassemblés autour de lui. « C’est un événement assez particulier, a-t-il déclaré, visiblement déterminé. Il s’agit de lancer l’opération de digitalisation au niveau de la municipalité. » Une opération qui s’inscrit dans la vision plus large du chef de l’État, fervent promoteur de l’administration numérique.

Devant une assistance partagée entre curiosité et scepticisme, Eugène MBA a rappelé que le travail avait été entamé par ses prédécesseurs. « Nous sommes en train de l’achever », a-t-il précisé, comme pour inscrire cette réforme dans une continuité, loin de toute rupture brutale. Puis vint le moment de la démonstration. Des appareils mobiles ont été sortis, des manipulations effectuées en temps réel. À la stupéfaction de certains, le système fonctionnait. Parfaitement. Un commerçant a pu tester lui-même le dispositif, validant en quelques secondes un paiement qui, avant, aurait exigé une poignée de main discrète et un billet froissé.
L’ambition est claire : remplacer les échanges d’argent liquide par des systèmes de paiement électronique, véritables garde-fous contre les dérives. « Entre les commerçants et la mairie de Libreville, il va y avoir désormais une collaboration assez franche, assez conviviale », a insisté le maire, employant à plusieurs reprises l’expression « opération gagnant-gagnant ». D’un côté, la municipalité espère optimiser ses recettes publiques, souvent amputées par des pratiques informelles. De l’autre, les commerçants aspirent à plus de sérénité, loin des « déviances » et du « racket » régulièrement dénoncés.

Mais qui sera concerné par cette réforme ? Tous les opérateurs économiques, sans exception, a prévenu Eugène MBA. « Il va y avoir tout un fichier qui va être établi, qui a déjà commencé à être établi et qu’on va affiner pour répertorier tous les opérateurs susceptibles de payer cette redevance. » Chaque activité aura son taux de prélèvement. Chaque commerçant sera recensé, non seulement à Mont-Bouët mais aussi dans l’ensemble des marchés de la capitale. Un travail titanesque, mais indispensable pour passer d’un système opaque à une gestion transparente et rationalisée.

Car la promesse de la digitalisation ne s’arrête pas au simple paiement. La direction de la recette municipale pourra désormais vérifier instantanément chaque opération, en temps et en heure. Et ce n’est pas un détail. Lors de la démonstration qui s’est déroulée sous les yeux du maire, la rapidité du suivi a impressionné. Une transaction initiée, validée, et déjà visible sur les écrans de contrôle. Le maire dispose d’ailleurs dans son cabinet d’un terminal qui lui permet de suivre, mois après mois, l’intégralité des recettes collectées par la caisse municipale. Une transparence radicale, à des années-lumière des registres poussiéreux et des calculs approximatifs.

Ce nouveau système de suivi numérique transforme en profondeur la gestion du marché. Chaque flux financier devient auditable. Chaque liquidation est sécurisée. Les autorités disposent désormais d’une vision analytique précise de la santé économique locale, de quoi anticiper, ajuster, améliorer. C’est un progrès majeur dans la gouvernance publique : là où régnaient des processus manuels opaques, un flux de données chronométré et fiable s’installe.


Reste à convaincre les derniers réticents. Sur les étals, les discussions vont bon train. Certains commerçants, habitués depuis des années à « négocier » leurs taxes, observent la manœuvre avec prudence. Mais la majorité semble prête à tenter l’aventure, séduite par l’idée de ne plus avoir à subir les pressions et les contrôles au faciès. « Si ça nous protège, pourquoi pas ? », glisse une vendeuse de poissons, les mains encore humides, le regard tourné vers le carré de techniciens qui ajustent les derniers paramètres.

La route est encore longue avant que chaque étal, chaque échoppe, chaque boutique du marché Mont-Bouët ne soit équipé et formé. Mais ce vendredi 12 juin restera comme une date charnière. Celle où Libreville a décidé que ses marchés, ces lieux vibrants et chaotiques, pouvaient aussi rimer avec modernité et transparence. Le maire est reparti satisfait, promettant de revenir vérifier les progrès. Les commerçants, eux, ont repris leurs activités. Mais dans leurs poches, désormais, quelques-uns ont glissé un nouveau réflexe : celui de payer sans cash, en toute confiance.
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