La décision n° 000007/MJGSCDH du 9 juin 2026, signée par le ministre de la Justice, Augustin Emane, et notifiée au procureur général près la Cour d’appel de Libreville, Dr Eddy Narcisse Minang, a été rendue sans l’ombre d’un fait établi, sans grief circonstancié, sans même une audition. Pire : elle repose, selon nos informations, sur un simple compte rendu rédigé par un subalterne de l’intéressé, mêlé à des bruits de couloir soigneusement entretenus.
Dans les couloirs du palais, on murmure que la plume qui a nourri la sanction n’a ni l’autorité d’un supérieur hiérarchique direct, ni la rigueur d’une enquête préalable. Un rapport de subordonné – non contradictoire, non signé ? – aurait suffi à convaincre le garde des Sceaux. Quant au reste, la rumeur a fait le reste : propos tronqués, impressions anonymes, “on-dit” élevés au rang de preuve. En droit, cela s’appelle un vice de forme abyssal. En réalité, une injustice.
L’article 150 du statut des magistrats, invoqué par le ministre, impose une procédure claire : la suspension conservatoire relève du secrétaire général de la chancellerie, sous le contrôle du Conseil supérieur de la magistrature. Or, c’est bien Augustin Emane en personne qui a signé l’acte, brouillant les rôles au point de se faire juge et partie. Aucun avis des chefs de juridiction, aucune saisine du secrétariat permanent du Conseil supérieur. Une mécanique légale piétinée avec une désinvolture qui sidère les magistrats.
Pire encore : le Dr Minang n’a jamais été entendu. Aucune demande d’explications, aucun débat contradictoire. La décision est tombée comme un couperet, sans que l’intéressé puisse même connaître les “motifs” qui lui sont reprochés – motifs qui, d’ailleurs, n’existent pas dans l’acte. Un désert juridique, compensé par une confiance aveugle dans un rapport de subalterne et des échos de couloir.
Dans cette affaire, ce n’est pas seulement la carrière d’un homme qui est brisée. C’est la crédibilité d’une justice qui se voulait exemplaire. En fondant une mesure aussi grave sur du vent et des soupçons, le ministre de la Justice a choisi l’arbitraire le plus cru. Le droit, lui, attend toujours d’être relevé.
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