Dans l’enceinte feutrée mais habitée de la clinique Alia, le silence a fait place à un plaidoyer vibrant pour la survie d’une génération. À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic de drogues, l’association Agir pour le Gabon a une nouvelle fois sonné le tocsin contre un fléau qui ronge silencieusement les fondements de la société gabonaise. Entre expertises médicales et démonstrations techniques des forces de l’ordre, cette campagne de sensibilisation a mis en lumière l’urgence d’une mobilisation collective pour arracher les enfants des griffes de la dépendance et de l’ombre des réseaux criminels.

Pour le Docteur Louma, président d’Agir pour le Gabon et figure de proue de ce combat depuis 31 ans, l’heure n’est plus aux demi-mesures mais à la reconnaissance d’une urgence nationale. « Nous devons faire de la lutte contre la drogue un problème national, une cause nationale », a-t-il martelé avec la force de celui qui œuvre depuis des décennies sans subvention étatique pour offrir le premier centre de traitement des addictions du pays. Regrettant que la mission de protection de la santé publique repose si lourdement sur les bénévoles, il a rappelé que l’addiction est une « maladie chronique du cerveau » qui nécessite des soins spécialisés plutôt que la seule réponse carcérale.

Le constat dressé par Éric-Claude Mba, coordinateur technique du Programme national de santé mentale, est tout aussi alarmant : « la situation est vraiment dramatique ». Selon lui, les trafiquants ont délibérément ciblé la jeunesse, ce « Gabon de demain », pour en faire une population « inutile » par la consommation de stupéfiants.

Face à cette offensive, le ministère de la Santé multiplie les enquêtes en milieu scolaire pour cartographier l’ampleur du désastre et affiner des stratégies de prévention essentielles afin de « commencer à freiner effectivement ce fléau ».

Dans cette guerre asymétrique, l’innovation et l’anticipation deviennent les meilleures armes des défenseurs de la santé publique. Jean-Jacques Eyi Ngwa, psychologue addictologue, souligne l’importance d’agir avec solidarité face à un phénomène « transnational » et en constante mutation.

Il exhorte les forces vives de la nation à ne pas « dormir sur leurs lauriers » et à s’appuyer sur les nouveaux outils législatifs pour contrer des produits de synthèse toujours plus sophistiqués qui échappent aux méthodes de contrôle traditionnelles.

Sur le terrain de la vigilance, l’Office central antidrogue (OCAD) joue un rôle de sentinelle indispensable, dénonçant l’ingéniosité des trafiquants qui dissimulent désormais le cannabis dans des biscuits, des huiles ou même des savons.

Le capitaine Eyeang Nguema Chimène a fermement interpellé les parents, les exhortant à être les « premiers policiers de leurs enfants » en surveillant de près leurs sacs et leurs fréquentations. Elle rappelle que derrière l’apparence banale d’un comprimé de tramadol sans ordonnance se cache un produit illicite dont les effets dévastateurs sur le système nerveux peuvent conduire à l’agressivité et au crime.

La réalité de ces ravages prend un visage humain à travers le récit de Pamela Ango Ntsame, une participante dont la perception a radicalement changé après avoir été confrontée au drame familial. « On ne pèse pas l’importance des dégâts que la drogue peut causer au sein de nos familles », confie-t-elle avec émotion, évoquant un proche aujourd’hui incarcéré pour des actes graves commis sous l’influence de substances qu’il a regrettés une fois lucide.

Son témoignage souligne que la drogue n’est pas qu’une statistique, mais un « grand problème » qui concerne chaque citoyen, quel que soit son rang social.

En clôturant cette journée, le message d’Agir pour le Gabon résonne comme un appel à la résilience et à la fin de la stigmatisation des malades. Alors que les réseaux criminels exploitent les technologies numériques pour s’étendre, la réponse gabonaise se veut globale, scientifique et profondément humaine. Pour que le pays demeure prospère, il doit protéger son capital le plus précieux : l’éducation et la santé de ses enfants, car comme le conclut le Docteur Louma, « la santé publique, c’est la santé pour tous » et personne ne doit être laissé au bord de la route.
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