Ce jeudi 22 octobre 2026, l’enceinte de la Maison de l’Avocat de Libreville a troqué pour un temps la solennité des prétoires contre l’urgence de la prévention médicale. À l’occasion du lancement officiel d’une campagne de sensibilisation et de dépistage organisée dans le cadre d’Octobre Rose, avocats, stagiaires et personnels judiciaires se mobilisent massivement pour lutter contre les cancers du sein et du col de l’utérus. Dès les premières heures de la matinée, une unité médicale dédiée s’est installée dans les locaux pour accueillir les usagers dans une démarche citoyenne et préventive.



L’organisation sur place repose sur un protocole médical strict et individualisé. Epiphanie Laure Sol Yohi , assistante médicale accompagnant la caravane de santé, détaille le déroulement des consultations : « Nous prenons chaque patient parce que c’est individuel et c’est personnel. Les résultats sont personnels ». L’examen comprend le renseignement d’une fiche d’information, suivi d’une palpation mammaire et, selon le souhait de la patiente, d’un frottis cervico-vaginal visant à détecter la moindre anomalie.

Consciente de l’appréhension que peut susciter un tel examen, l’équipe médicale met un point d’honneur à assurer un accompagnement psychologique bienveillant en cas de doute . « Si nous détectons une quelconque anomalie avec la patiente […], nous avons cette méthode-là de pouvoir annoncer une nouvelle si elle est très inquiétante avec des mots qu’il faut là où il faut, parce qu’il faut d’abord se mettre à la place du patient. C’est l’état psychologique qui compte », explique Mme Epiphanie Yohi , précisant que les cas suspects sont immédiatement réorientés vers une structure gynécologique spécialisée pour un suivi approfondi. Pour cette première journée, le bilan initial se veut rassurant : aucune anomalie n’a été détectée chez les premières patientes examinées.

Au cœur de cette journée, la prise de parole des femmes du barreau résonne comme un appel solennel à la responsabilité individuelle. Prenant la parole à la sortie de sa consultation, Me Guynola Ndima Lindzondzo , avocate au barreau du Gabon, a tenu à rassurer ses consœurs sur la simplicité de la démarche : « C’est un examen relativement simple, donc il n’y a pas de difficulté majeure ni de crainte à avoir pour pouvoir se faire dépister ». Face à la gravité des pathologies féminines, le conseil livre une mise en garde sans détour : « Une femme qui ne se fait pas dépister est une malade qui s’ignore et c’est vraiment catastrophique parce que ces maladies sont très graves. L’idéal, c’est de se faire dépister de sorte à connaître son statut ».

Ce constat est partagé par une autre avocate du barreau, Me Charlène Ngoma, pour qui la prévention reste l’arme essentielle face à une menace insidieuse : « Ça nous permettra à nous toutes de connaître nos statuts face à cette maladie qui est très silencieuse et très sournoise » .

La grande originalité de cette mobilisation à la Maison de l’Avocat réside également dans la déconstruction des préjugés masculins entourant le cancer du sein. Témoignant de sa démarche, un avocat stagiaire a franchi le pas du dépistage pour briser les idées reçues : « De ce que nous pensions tous, c’est que c’est un mal qui n’est réservé qu’aux femmes. Alors qu’en réalité, les hommes sont tout aussi concernés. Et d’ailleurs je vous l’avoue, je l’ai appris récemment ».

Venu faire le point sur sa propre santé, le jeune juriste lance un appel direct à ses confrères masculins : « J’invite tous les hommes, et particulièrement mes confrères avocats, à se prêter à l’exercice parce qu’il y va également de leur santé. Nous devons à travers notre attitude informer, sensibiliser mais également prévenir ce mal ».

Ce message est vigoureusement soutenu par l’équipe médicale, Mme Epiphanie Sol Yohi rappelant avec insistance qu’« Octobre Rose, il ne s’agit pas seulement des femmes, mais les hommes également sont touchés par ce fléau»
Prévue pour se poursuivre jusqu’à samedi, cette campagne de dépistage entend recevoir l’ensemble des visiteurs sans restriction de nombre ni d’horaire, l’équipe soignante affirmant sa volonté de prendre en charge chaque citoyen se présentant à l’unité médicale. À Libreville, le monde du droit démontre ainsi que la santé reste le premier des droits à préserver.
