Grand Libreville : quand les bulldozers effacent des vies, la tribune de Joachim Mbatchi Pambou sonne l’alarme

Alors que les pelleteuses continuent de déchirer le paysage du Grand Libreville, une voix s’élève pour rappeler que derrière chaque mur détruit se cache un drame humain. Dans une tribune libre au ton grave et solennel, Joachim Mbatchi Pambou, président du Forum pour la Défense de la République (FDR) et candidat à l’élection présidentielle d’août 2023, dénonce les conséquences sociales des démolitions à répétition qui frappent la capitale gabonaise. Son constat est sans appel : « Derrière chaque habitation détruite, il y a une famille, des enfants scolarisés, des personnes âgées, des malades, des femmes seules et des citoyens qui, bien souvent, n’ont aucun autre endroit où aller. »

 

L’auteur ne conteste pas le bien-fondé de la modernisation urbaine. « Personne ne conteste à l’État le droit d’organiser l’espace urbain, de libérer les emprises publiques, de construire des routes et de moderniser nos villes », concède-t-il. Mais il pose une question qui fâche : « À quel prix humain voulons-nous réaliser cette modernisation ? » Car pour lui, une maison n’est pas un simple assemblage de briques et de tôles. « Elle représente l’épargne de toute une vie, le fruit de longues années de privations, parfois même le seul héritage transmissible à leurs enfants. »

 

Le constat est d’autant plus amer que certaines familles victimes des précédentes opérations de déguerpissement attendent toujours des solutions de relogement. « Pendant ce temps, de nouvelles démolitions viennent ajouter de la précarité à la précarité », déplore-t-il, avant de marteler : « On ne peut pas construire des routes en déconstruisant systématiquement la sécurité matérielle des familles sans leur proposer, au préalable, des alternatives crédibles. »

 

Face à cette situation, Joachim Mbatchi Pambou formule des propositions concrètes. Il plaide pour que « toute opération de démolition soit précédée d’un recensement contradictoire des personnes concernées, d’une évaluation transparente des biens, d’une indemnisation juste et d’un dispositif de relogement effectivement opérationnel ». Il appelle également à la mise en place « d’un mécanisme indépendant de suivi des engagements de l’État, afin qu’aucune famille ne disparaisse dans les méandres administratifs après avoir perdu son habitation ». Et de rappeler que les causes profondes du désordre urbain – absence de planification rigoureuse, insuffisances de la politique foncière – ne sauraient être supportées par les seules populations.

 

L’interpellation se fait plus directe à l’endroit du chef de l’État : « La volonté de moderniser le Gabon ne doit jamais être dissociée de l’exigence de justice sociale. » Pour l’opposant, la Ve République tant annoncée « doit être celle de la dignité retrouvée, de la protection des plus vulnérables et de l’équité devant la puissance publique ». C’est pourquoi il demande solennellement au Gouvernement « de décréter l’arrêt immédiat des opérations de démolition dans le Grand Libreville, le temps de procéder à une évaluation globale de la situation ».

 

Son message final est un rappel à la conscience collective : « On ne bâtit pas durablement une nation en laissant ses citoyens vivre dans la peur du prochain coup de bulldozer. » Et de conclure avec force : « Le développement doit construire des routes, certes, mais il doit surtout protéger les femmes et les hommes au nom desquels la République existe. » Une tribune qui, à n’en pas douter, résonnera bien au-delà des murs du Grand Libreville.





Assistant Edu Gabon

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