La campagne s’intensifie au Gabon : les partis politiques membres des Bâtisseurs en opération séduction à Kanté-Ozangue

À dix jours de l’élection présidentielle gabonaise, la machine électorale tourne à plein régime dans les quartiers populaires de Libreville. Ce mercredi 2 avril, après la commune d’Akanda, c’est au cœur de Kanté-Ozangue que les leaders politiques partisans du président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, ont déployé leur arsenal de persuasion.

 

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La coordination des partis politiques membres du Rassemblement des Bâtisseurs n’a pas fait les choses à moitié. Une délégation de poids, menée par Joachim Mbatchi Pambou, président du Forum pour la Défense de la République (FDR) et de l’Union des forces du changement (UFC), s’est présentée aux habitants. À ses côtés, Thierry Reteno Ndiaye, Aimé Chris Boda, Max Annicet Koumba, Yannick Lesly Mbina, Kathia Quentin De Mongarias, Jean-Félix Boukosso et Lloyd Darcy Mouanda formaient un front uni derrière le candidat Oligui Nguema.

 

Une campagne « intimiste » aux ambitions démesurées

 

L’approche se veut méthodique et personnalisée. « Notre approche politique s’inscrit dans le cadre d’une démarche de proximité intimiste », a expliqué Mbatchi Pambou, dévoilant une stratégie de terrain minutieuse. Pourtant, derrière cette apparente modestie, l’ambition affichée est sans équivoque : un « score stalinien » pour celui qu’ils présentent comme « le candidat de l’espoir, le candidat du renouveau, le bâtisseur ».

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Cette référence historique troublante n’a pas empêché la coalition de vanter son inclusivité, revendiquant une présence jusque « dans les bas-fonds, dans les coins et recoins » du pays. Un quadrillage territorial qui témoigne de la détermination du camp présidentiel à ne laisser aucune voix lui échapper.

 

Des préoccupations citoyennes en ligne de mire

 

Au-delà des slogans mobilisateurs, les intervenants ont tenté d’adresser les préoccupations quotidiennes des Gabonais. Katia Quentin a ainsi pointé du doigt le manque criant d’infrastructures socio-éducatives et culturelles dans le pays, n’hésitant pas à interpeller directement le président de la transition : « Je voudrais rappeler au président de la République que nous avons au Gabon une seule structure qui s’appelle la médiathèque… je dis c’est anormal. »

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La défense des langues vernaculaires a également trouvé sa place dans ce plaidoyer électoral, signe d’une volonté d’ancrer la campagne dans les enjeux identitaires et culturels du Gabon.

 

Libération et continuité, le double discours de la transition

 

La rhétorique des partisans d’Oligui Nguema oscille entre deux registres apparemment contradictoires : celui de la rupture et celui de la continuité. D’un côté, Yannick Lesly Mbina n’hésite pas à qualifier le candidat de « libérateur du Gabon » avec ses « frères d’armes », référence directe au coup d’État du 30 août 2023 qui a mis fin au règne des Bongo.

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De l’autre, ce même orateur justifie son soutien par la nécessité de « poursuivre les projets déjà entamés », particulièrement dans le domaine des infrastructures. « Il s’inscrira tout simplement dans la continuité. Parce qu’il reste encore des choses à faire », a-t-il affirmé, appelant à « voter massivement » pour le candidat.

 

L’ombre de la transition plane sur le scrutin

 

Après 18 mois de transition militaire, cette élection représente un tournant crucial pour le Gabon. Max Annicet Koumba a d’ailleurs insisté sur la « portée de l’élection présidentielle », tout en rappelant les valeurs démocratiques comme la liberté d’expression, dans un contexte où l’organisation du scrutin reste sous contrôle des autorités de transition.

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La date du 12 avril, martelée par tous les intervenants, résonne comme l’échéance d’une transition dont l’issue semble de moins en moins incertaine, à mesure que se déploie la machine électorale du « Rassemblement des Bâtisseurs ».

 

Pour les habitants de Kanté-Ozangue, comme pour l’ensemble des Gabonais, la question demeure : cette élection marquera-t-elle véritablement un nouveau départ ou simplement la légitimation par les urnes d’un pouvoir issu d’un coup d’État ? La réponse appartient désormais aux électeurs gabonais.

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