Samu social/Humanitaires sans droits : l’État gabonais face à ses propres contradictions

Alors que le Gabon se réclame d’un État de droit et membre de nombreuses conventions internationales sur le travail et les droits humains, une situation alarmante se joue en silence dans les coulisses du Samu Social Gabonais, pourtant présenté comme un modèle de solidarité.

En effet, les volontaires humanitaires qui y œuvrent, souvent avec abnégation et dans des conditions éprouvantes, doivent signer un « consentement éclairé » qui les place en marge de tout cadre juridique protecteur. En résumé : pas de contrat, pas de salaire, pas de droit. Une vacation aléatoire si les caisses de l’État le permettent est la seule reconnaissance financière accordée à ces hommes et femmes qui s’engagent pourtant dans un service public vital.

 

Ce document, bien que présenté comme un acte volontaire, soulève une double problématique. D’abord juridique : comment une institution publique peut-elle fonctionner en dehors du droit du travail, tout en admettant elle-même que les règles élémentaires d’engagement (CDD, CDI, contrat de vacation réglementé) ne sont pas respectées ? Ensuite morale : comment justifier, au nom du volontariat, un système qui flirte avec la précarité organisée ?

 

Ce consentement stipule noir sur blanc que l’absence de salaire est due à une « absence d’affectation formelle » de fonctionnaires à cette structure pourtant étatique. En d’autres termes, l’État délègue des missions de service public, tout en se déchargeant de ses responsabilités vis-à-vis de ceux qui les accomplissent.

 

Pire encore, il est précisé que tout refus de signer ce document mettra fin à la collaboration. Peut-on encore parler de consentement libre et éclairé lorsque l’alternative est l’exclusion pure et simple ? En droit du travail, cela s’apparente davantage à une forme de chantage qu’à une adhésion volontaire.

 

Le Samu Social Gabonais, souvent salué pour ses actions en faveur des populations vulnérables, voit ainsi son image ternie par cette gestion administrative qui interpelle. Elle traduit un malaise plus profond : celui d’un État qui, faute de politiques claires et de budget suffisant, confie des missions cruciales à des patriotes désarmés juridiquement.

 

Il est temps que la République prenne ses responsabilités. Le travail humanitaire, pour être noble, ne doit pas être une excuse pour bafouer les droits fondamentaux. Les Gabonais engagés au Samu Social méritent mieux qu’une promesse d’intégration hypothétique ou une vacation facultative. Ils méritent le respect, la dignité et la sécurité juridique que garantit tout État de droit digne de ce nom.



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