La Ligue de Défense des Intérêts Démocratiques organise sa résistanceface aux « dérives autoritaires » d’Oligui Nguema

Dans les couloirs feutrés du palais présidentiel de Libreville, on espérait sans doute que la nouvelle loi sur les partis politiques passerait comme une lettre à la poste. Mais c’était compter sans la détermination de Simon Adolphe Evouna et de sa coalition hétéroclite de treize formations politiques, réunie sous la bannière de la Ligue de Défense des Intérêts Démocratiques. Mercredi 9 juillet, devant une assemblée de journalistes, le coordinateur général de cette plateforme d’opposition a livré un réquisitoire implacable contre ce qu’il perçoit comme une dérive autoritaire du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema.

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L’atmosphère était électrique dans cette salle de presse improvisée. Evouna, homme aux cheveux grisonnants et au verbe précis, n’y est pas allé par quatre chemins. Pour lui, la récente promulgation de la loi sur les partis politiques s’apparente à une « purge » déguisée, une manœuvre subtile mais implacable pour réduire drastiquement le nombre de formations politiques au Gabon. « Une loi inique », martèle-t-il, qui selon lui « porte fortement atteinte aux libertés fondamentales et au pluralisme d’opinion ».

 

Derrière cette charge frontale se cache une réalité plus complexe que ne le laissent entrevoir les discours officiels sur la « régénération » politique gabonaise. Car si le pouvoir en place justifie cette réforme par la nécessité d’assainir un paysage politique jugé trop fragmenté, l’opposition y voit une stratégie bien rodée pour éliminer les voix dissidentes. « Ne pas confondre légalité et représentativité », prévient Evouna, pointant du doigt ce qu’il considère comme une instrumentalisation du droit à des fins politiques.

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Le coordinateur de la Ligue ne s’arrête pas là. Dans une démonstration rhétorique saisissante, il retourne l’accusation portée contre les partis politiques, ces supposés responsables de tous les maux du Gabon. « Les partis politiques ne sauraient être la racine du mal gabonais », assène-t-il avec une pointe d’ironie amère. Comment, interroge-t-il, des formations qui n’ont jamais gouverné pourraient-elles être tenues responsables de la mauvaise gestion des ressources pétrolières du pays ? « Près de 10 millions de tonnes de pétrole que le Gabon exporte chaque année », rappelle-t-il, évoquant ces « deux milliards de dollars » qui devraient profiter aux 2,5 millions de Gabonais.

 

Cette argumentation n’est pas sans fondement. Depuis des décennies, le Gabon vit le paradoxe de nombreux pays africains riches en ressources naturelles : une abondance de richesses souterraines qui ne se traduit pas par la prospérité de la population. Plus de 33% des Gabonais vivent en dessous du seuil de pauvreté, un chiffre que brandissent les opposants pour justifier leurs revendications sociales audacieuses : un salaire minimum de 200 000 francs CFA, l’augmentation des pensions de retraite à 90% du montant actuel, le règlement des arriérés de salaires.

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Mais c’est peut-être dans sa critique de la limitation d’âge pour les candidats à la présidentielle que Evouna révèle le mieux les véritables enjeux de cette bataille politique. En portant l’âge plancher à 70 ans, le pouvoir éliminerait mécaniquement une génération entière de potentiels candidats septuagénaires, une mesure que l’opposant qualifie d' »hérésie de mauvais goût ». Une stratégie qui, selon lui, vise à « gouverner le pays en maître absolu » et annonce « le retour du parti unique à l’état pur ».

 

Au-delà des formules chocs et des métaphores colorées qui émaillent son discours, Evouna trace une ligne claire dans le sable politique gabonais. Sa coalition, qui rassemble des formations aussi diverses que le Parti Socialiste Unifié, le Forum Africain pour la Reconstruction ou l’Union pour la République, se pose en héritière des grandes figures de l’opposition gabonaise. Il invoque les noms de Simon Oyono Aba, Joseph Redjambe, Pierre Louis Agondjo Okawe, ces pionniers de la démocratisation qui ont marqué l’histoire politique du pays depuis les événements de la gare routière en 1981.

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La menace brandie par la Ligue de saisir les instances internationales n’est pas à prendre à la légère. Dans un contexte où les transitions politiques africaines font l’objet d’un scrutin international accru, cette stratégie pourrait s’avérer payante. L’opposition gabonaise semble avoir compris qu’elle ne pourra pas compter uniquement sur les mécanismes démocratiques internes pour faire entendre sa voix.

 

Reste à savoir si cette coalition hétéroclite parviendra à dépasser le stade des déclarations d’intention pour devenir une force politique crédible. Car entre les mots et les actes, entre les proclamations et l’action politique concrète, il y a souvent un gouffre que seuls les plus déterminés parviennent à franchir. Dans le Gabon post-Bongo, où les règles du jeu politique sont en pleine redéfinition, l’avenir dira si la Ligue de Défense des Intérêts Démocratiques saura transformer sa colère en véritable alternative politique.

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