Ce vendredi 5 juin, le ministère des Affaires sociales, chargé de la protection de l’enfance et de la femme, a vécu une matinée solennelle et empreinte d’émotion. Orchestrée par le ministre de tutelle, la cérémonie officielle de passation de charges a réuni l’ensemble des directeurs généraux et agents du département, venus applaudir autant le départ d’une secrétaire générale ayant mené sa carrière jusqu’à son sommet que l’arrivée d’une femme au profil singulier, forte de quatre décennies de société civile et d’un engagement politique assumé. Dans ce ministère qualifié de « cœur du contrat social gabonaise », l’événement a rappelé une évidence : si les dirigeants changent, la continuité de l’État demeure, telle une course de relais.

Paule Lissenguet, secrétaire générale sortante, a pris la parole la première pour un discours d’adieu teinté de gratitude et de fierté. Elle a tenu à remercier le président Brice Clotaire Oligui Nguema de lui avoir offert l’opportunité de boucler sa carrière sur une note éclatante. « J’ai pu mener toutes mes classes, quoi de plus beau pour un agent public de terminer sa carrière secrétaire générale », a-t-elle confié, avant d’ajouter avec émotion : « Au moment où j’allais à la retraite, les textes ont changé, je suis revenue et j’ai eu la possibilité d’être secrétaire générale pour accomplir ma carrière. Je le remercie infiniment. »

Son regard s’est ensuite tourné vers celle qui allait lui succéder, une « jeune sœur » qu’elle connaît bien pour avoir travaillé longtemps à ses côtés. « Je n’ai pas d’autres mots que de présenter les bienvenues au nouveau secrétaire général. Madame Pepecy Ogouliguendé, que je connais très bien, c’est une jeune sœur. On a travaillé longtemps ensemble, donc je suis heureuse que ce soit elle qui vienne prendre mes charges. »

L’ancienne secrétaire générale n’a pas éludé la difficulté de la fonction, qu’elle a décrite comme un véritable sacerdoce exigeant une grande force morale, notamment dans un département à très forte prédominance féminine où les relations professionnelles peuvent s’avérer complexes.

Malgré son départ officiel, Paule Lissenguet a affirmé son ancrage durable dans l’institution et s’est proposée comme mentor pour assurer la transmission des savoirs avant sa retraite prochaine. « Je suis très heureuse d’ailleurs de pouvoir l’accompagner, parce que les débuts, certainement, ne seront pas faciles. C’est vrai que c’est une maison qu’elle connaît quelque peu, mais elle aura toujours besoin de moi. Je dis solennellement ici, tant que vous me solliciterez, je serai à vos côtés », a-t-elle promis, suscitant une vague d’applaudissements.
Prenant le relais, Pepecy Mavikana épouse Ogouliguendé, nouvelle secrétaire générale, a d’abord tenu à saluer le dévouement de sa prédécesseure et les chantiers menés avec vigueur. « C’est avec la volonté de consolider ses acquis et de poursuivre cette dynamique de programmes que je prends aujourd’hui le rôle », a-t-elle déclaré avant de dérouler une trajectoire hors norme.

Forte d’« une quarantaine d’années dans la société civile, un espace du bas-terrain », elle raconte avoir développé « les compétences essentielles : la capacité intégrée à comprendre les réalités des populations, à construire des ponts entre les institutions et les citoyens ». À cette double expérience administrative et humaine, elle ajoute « un engagement politique bien sûr assumé », notamment durant la transition où elle fut nommée à l’Assemblée nationale.
Titulaire de diplômes de troisième cycle de l’ESG Paris – promotion Simone Veil –, inspectrice centrale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, médaillée de plusieurs distinctions internationales avant la trentaine, également médiatrice de paix formée aux États-Unis, la nouvelle secrétaire générale se présente aussi comme une « mère et grand-mère ». Pour elle, le ministère des Affaires sociales n’est pas un poste comme un autre. « Ce n’est pas un ministère ordinaire. Il est au cœur du contrat social gabonaise. Il protège ceux qui en ont le plus besoin : les enfants, les personnes en situation de handicap, les femmes dont les droits sont encore à conquérir, les familles en situation de précarité », a-t-elle martelé.

Sa feuille de route est claire : le programme national de croissance et de développement (PNCD), inscrit dans la dynamique de refondation de l’action publique engagée depuis l’avènement du président Oligui Nguema. « Le PNCD constitue le socle opérationnel de la vision présidentielle visant la transformation structurelle de l’économie, la justice sociale et la performance de l’État », a-t-elle expliqué, avant de lancer un avertissement sans détour aux équipes présentes : « Nous n’avons pas le droit d’échouer. Les populations qui dépendent de ce ministère attendent des réponses concrètes, rapides et dures. » Une mise en garde qui résume à elle seule l’urgence sociale dans laquelle s’inscrit sa mission.

À l’issue de la passation des charges, Paule Lissenguet, accompagnée de sa remplaçante, a traversé une haie d’honneur formée par l’ensemble des agents du ministère. Les applaudissements rythmés ont salué à la fois une carrière exemplaire et une transition placée sous le signe de la confiance et de la continuité. Dans les couloirs, on murmure déjà que cette « jeune sœur » aux multiples casquettes – société civile, administration, politique – pourrait bien incarner le renouveau d’un ministère que les plus vulnérables ne peuvent pas se permettre d’attendre.
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