Édifice Price fait gronder « L’orage d’une vie » sur les silences de l’éducation

Il flottait, ce vendredi 5 juin, un parfum de recueillement et d’effervescence sous les voûtes de la Bibliothèque universitaire Omar Bongo. Parents émus, étudiants attentifs, journalistes et passionnés de prose romanesque s’étaient rassemblés pour accueillir un premier roman, mais surtout une voix neuve et singulière. Édifice Price, écrivaine britano-gabonaise au regard habité, y présentait « Sanction et Peine : L’orage d’une vie », un livre dont le titre, déjà, promettait des secousses. Entre gratitude spirituelle et souvenirs déchirants, la cérémonie a très vite pris les atours d’une confession littéraire où l’intime et le social se sont enlacés avec une sincérité désarmante.

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Avant même d’ouvrir son ouvrage, c’est par les cieux que l’auteure a tenu à commencer. La voix chargée d’une émotion qu’elle peinait à contenir, elle a fait sienne une parole de l’apôtre Paul : « Il est écrit dans 2 Timothée 3:16 que toute écriture est inspirée par Dieu. Alors, c’est pour cela que j’ai pris ce verset, pour vous remercier et dire que sans toute chose, avec toute chose, il faut Dieu dans tout ce qu’on fait. » Cette verticalité assumée n’avait rien d’un simple ornement : elle fut le fil d’Ariane d’un discours où chaque étape de la création était placée sous le signe d’une reconnaissance plus haute. Avant la littérature, il y avait une foi. Avant l’écrivaine, une croyante.

 

Pourtant, la ferveur n’a pas effacé l’hommage terrestre le plus vibrant de la matinée. Dans un souffle, Édifice Price a évoqué la figure tutélaire de celui qui fut bien plus qu’un mentor : M. Boungueré Mazara, aujourd’hui disparu. « Il n’a pas seulement cru en moi, mais il a posé mes pieds sur les rails de ma vie. Il m’a montré la direction. Lorsque je voyais l’horizon incertain, il a marché longtemps derrière moi sur ces rails, veillant discrètement à ce que je ne tombe pas, à ce que je ne m’égare. » La métaphore ferroviaire, filée avec une pudeur éloquente, a suspendu l’assistance dans un silence de cathédrale. On comprenait là que Sanction et Peine n’était pas né seulement d’une ambition artistique, mais d’une fidélité à une transmission presque filiale.

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Car c’est bien de transmission et de ses failles que parle ce roman, et l’auteure a tenu à dissiper d’emblée tout malentendu autobiographique. « Ce roman n’est ni une autobiographie, ni un témoignage, mais une fiction destinée à susciter la réflexion », a-t-elle martelé avec une clarté chirurgicale.

L’imaginaire, ici, se met au service d’un constat social aussi brûlant que trop souvent tu : dans bien des foyers, les destinées des filles et des garçons ne pèsent pas le même poids. L’écrivaine a décrit avec précision ces « différences de traitement » qui « créent parfois des blessures profondes, des frustrations silencieuses, des conflits familiaux et des traumatismes durables qui accompagnent les individus tout au long de leur vie ». La fiction se fait alors caisse de résonance des tempêtes intérieures que l’éducation inégalitaire sème dans les cœurs, parfois sans même que l’on s’en aperçoive.

 

Pour ancrer ce plaidoyer dans une sagesse plus ancienne que les idéologies modernes, Édifice Price a eu recours à sa langue maternelle, le nzebi, rappelant un adage qui sonna comme une évidence : « La fille et le garçon possèdent la même dignité et le même amour. » Cette phrase, lâchée dans la pénombre studieuse de la bibliothèque, contenait à elle seule toute la substantifique moelle du livre : un appel à l’équité dans le cercle premier de la société, la famille.

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Le chemin personnel de la romancière, loin de contredire ce message, lui donne une résonance particulière. Résidant à Londres et bénéficiant d’une nationalité britannique, elle a confié sans fard : « Mon cœur demeure profondément attaché à cette terre camerounaise qui m’a vu naître et grandir et dont mon cordon ombilical a été enterré. » Ce déracinement assumé nourrit déjà le deuxième tome à venir, une immersion dans « une vie dans Londres où ce n’est pas facile pour les étrangers ».

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Mais c’est par une confidence vertigineuse sur un troisième ouvrage, un recueil de poésie en gestation, que la romancière a livré la clé la plus intime de son processus créatif. Confrontée à une épreuve où elle avait « failli mourir », c’est dans un miroir, en croyant voir le visage de sa propre mère se superposer au sien, qu’elle a retrouvé la force d’écrire. « Je vois une parole. Quand j’étais enfant, elle me dit : son sang m’a fait, donc je suis la résultante de mon monde. » De cette vision est née une poésie du lien indéfectible, de la renaissance par le verbe.

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Avec « Sanction et Peine : L’orage d’une vie », Édifice Price ne signe pas simplement un premier roman : elle inaugure une œuvre où la fiction devient le lieu d’une réconciliation entre les générations, les genres et les mémoires. Sous les applaudissements nourris de Libreville, c’est une tempête douce et nécessaire qui s’est levée, appelant chacun à écouter, dans le grondement romanesque, la petite musique des injustices ordinaires.



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