Crise au RdB : les premiers orages menacent l’ère Oligui Nguema

 La victoire était trop belle pour être sans nuages. À peine les célébrations de victoire terminées, le Rassemblement des Bâtisseurs (RdB), plateforme ayant porté Brice-Clotaire Oligui Nguema à la présidence du Gabon, s’enfonce dans une crise interne qui pourrait compromettre son avenir politique. La transformation annoncée en parti politique, censée préparer les prochaines échéances électorales, révèle des fractures profondes au sein du mouvement. Un premier test pour le nouveau régime, qui devra naviguer entre unité affichée et réalpolitik.  

Une transformation contestée

C’est l’annonce de la transformation du RdB en parti politique par son coordinateur général, Anges Kevin Nzigou, qui a mis le feu aux poudres. La démarche, pourtant classique dans le paysage politique mondial, a provoqué une levée de boucliers inattendue parmi certains membres influents du mouvement.

Une des figures de la société civile gabonaise, n’y est pas allée de main morte. Pour elle, cette initiative « relève exclusivement de la prérogative du Président élu », qualifiant de « surprenant, pour ne pas dire choquant » le fait qu’un coordinateur général récemment nommé s’arroge un tel pouvoir décisionnel. Plus grave encore, selon elle, cette précipitation donnerait « l’image d’un processus improvisé, désordonné, voire opportuniste ».

Des ambitions personnelles qui font surface

La sortie virulente d’un autre leader de la société civile, ancien activiste, illustre l’ampleur du malaise. S’adressant directement à plusieurs cadres du mouvement du RdB, il fustige des « comportements de pédégiste » et les querelles « irrespectueuses » qui émergent alors que « le parti n’est même pas encore créé ».

Sa question cinglante – « Est-ce que vous êtes tous obligés d’être ministre ? » – met le doigt sur une plaie béante : derrière les discours d’unité se cachent peut-être déjà des positionnements stratégiques en vue des futures nominations gouvernementales.

Une nécessité politique ou une précipitation dangereuse ?

Les défenseurs de cette transformation rapide invoquent des précédents, notamment celui d’Emmanuel Macron qui a transformé « En Marche » en parti politique 24 heures après son élection. Ils soulignent une « nécessité politique » face aux échéances électorales à venir et évoquent la « théorie de la consolidation » selon laquelle un « régime émergent a besoin d’un parti structuré pour stabiliser son pouvoir ».

Mais cette transformation suscite également des questions légitimes : pourquoi tant de précipitation ? Pourquoi cette annonce n’a-t-elle pas été faite ou au moins validée publiquement par le président élu lui-même ? Ces interrogations restent sans réponses claires.

Le silence stratégique d’Anges Kevin Nzigou

Dans cette tempête médiatique, un silence interpelle : celui d’Anges Kevin Nzigou, principal visé par les critiques. Le coordinateur général du RdB a choisi de ne pas alimenter la polémique sur les réseaux sociaux, une posture que certains qualifient de « mature » quand d’autres y voient un aveu de faiblesse.

La seule communication officielle de la coordination a été l’annonce du report de l’Assemblée Générale constitutive à une date ultérieure. Un recul tactique ou l’admission implicite d’une erreur de timing ?

 

La séparation nécessaire des fonctions présidentielles et partisanes

 

Il serait problématique, tant sur le plan institutionnel que symbolique, que le président Oligui Nguema soit celui qui appelle directement à la transformation du RdB en parti politique. En tant que chef d’État fraîchement élu, il incarne désormais l’ensemble de la nation gabonaise et non plus seulement une formation politique. Les principes républicains exigent une certaine distance entre la fonction présidentielle et la direction d’un parti, même si celui-ci l’a porté au pouvoir. Cette séparation des rôles est d’autant plus cruciale dans le contexte gabonais, où l’on cherche à rompre avec les pratiques du passé où le président se confondait avec l’appareil partisan. La transformation du mouvement en parti politique relève logiquement des instances dirigeantes de la plateforme, le président Oligui pouvant bien sûr donner son aval, mais sans s’immiscer directement dans ce processus organisationnel. Cette distinction préserve à la fois la dignité de la fonction présidentielle et l’autonomie nécessaire à tout parti politique moderne.

 

Un test majeur pour le leadership d’Oligui Nguema

 

Cette crise constitue le premier test sérieux pour le leadership du président élu. Sa capacité à apaiser les tensions internes, clarifier la gouvernance du mouvement et imposer une ligne directrice sera déterminante pour l’avenir politique du RdB. L’absence d’intervention directe d’Oligui Nguema dans ce débat est particulièrement remarquable. Attend-il son investiture officielle pour trancher ? Considère-t-il cette querelle comme secondaire ? Ou préfère-t-il laisser les ambitions personnelles se dévoiler avant de procéder à ses arbitrages ?

Malgré les turbulences internes et les interrogations sur sa légitimité, la transformation du Rassemblement des Bâtisseurs (RdB) en parti politique paraît inéluctable et constitue une étape cruciale pour structurer l’élan populaire qui a porté Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence. Cette mutation vise à offrir une alternative politique crédible, à stabiliser la majorité présidentielle et à peser sur les orientations du pays, tout en évitant les erreurs du Parti démocratique gabonais (PDG) déchu. Toutefois, des divisions internes et un manque d’ancrage idéologique clair posent question sur la capacité du RdB à se présenter comme une force unie et moderne, capable de traduire la victoire électorale en projet politique durable, dans un contexte où la vigilance reste de mise face aux risques de centralisation du pouvoir et de marginalisation des autres acteurs politiques.

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