Détenus de Makokou : dix-huit mois d’attente, une procédure au point mort

Ils sont trente, enfermés depuis plus de dix-huit mois à la Prison centrale de Makokou, loin de leurs familles, loin de Libreville où leurs proches tentent désespérément de comprendre pourquoi l’instruction piétine. Placés sous mandat de dépôt le 6 décembre 2024 pour des faits présumés de trafic de stupéfiants, ces hommes ont été transférés dans le nord-est du Gabon dans des conditions qui n’ont cessé d’interroger les défenseurs des droits humains. Aujourd’hui, le collectif des familles, soutenu par SOS Prisonniers Gabon (SPG), dénonce une détention préventive qui s’éternise, une procédure engluée et des droits fondamentaux bafoués.

 

Que dit la loi ? L’article 134, alinéa 8, du Code de procédure pénale autorise, en matière criminelle, un maintien exceptionnel en détention au-delà de dix-huit mois, mais à une condition stricte : une prolongation décidée par la Chambre d’accusation, sur réquisitions du Procureur général, pour une durée maximale de six mois. Surtout, l’article 136, alinéa 1, est clair : cette décision doit être notifiée à l’inculpé ou à son avocat avant l’expiration du délai légal, faute de quoi la mise en liberté doit être ordonnée d’office par le ministère public.

 

Or, à ce jour, aucune notification n’a été trouvée. Les avocats des détenus affirment n’avoir jamais reçu la moindre décision de prolongation. Les familles, elles, assurent que leurs proches n’ont jamais été informés. Un flou juridique total plane sur une exigence pourtant essentielle au respect des droits de la défense. Comment justifier la poursuite d’une privation de liberté quand la procédure légale n’a visiblement pas été suivie ?

 

L’instruction, elle, semble paralysée. Le juge d’instruction, basé à Libreville, ne se serait rendu à Makokou qu’une seule fois en plus de dix-huit mois. Selon des sources concordantes, il aurait accompli, lors de ce déplacement unique, tous les actes d’instruction qu’il jugeait nécessaires. Alors, pourquoi l’information judiciaire n’est-elle toujours pas clôturée ? Pourquoi aucune ordonnance de règlement n’a-t-elle été rendue, que ce soit pour renvoyer les accusés devant la juridiction de jugement ou pour prononcer un non-lieu si les charges s’avèrent insuffisantes ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que les moyens matériels et budgétaires alloués à la justice semblent insuffisants pour permettre des déplacements réguliers du magistrat instructeur.

 

Au-delà du vide procédural, ce sont les droits les plus élémentaires qui sont mis à mal : le droit à un procès équitable, la présomption d’innocence, le droit d’être jugé dans un délai raisonnable, mais aussi le droit au maintien des liens familiaux. Privés de visites régulières en raison de l’éloignement géographique, ces détenus vivent dans une angoisse permanente, sans perspective de sortie.

 

SOS Prisonniers Gabon, qui accompagne les familles dans leur combat, dénonce une situation révélatrice des dysfonctionnements chroniques de la gestion de la détention préventive au Gabon. Une privation de liberté ne saurait être prolongée indéfiniment en raison de carences administratives ou budgétaires de l’État. Le respect des délais légaux, la transparence de la procédure et les garanties reconnues aux personnes privées de liberté sont les piliers d’un État de droit. Il est urgent que cette instruction aboutisse, que la lumière soit faite et que les droits de ces trente hommes soient enfin pleinement respectés.



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